LES
TAPISSERIES DE TOURNAI
LES TAPISSIERS ET LES HAUTELISSEURS DE CETTE VILLE
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TAPISSERIES DE TOURNAI
LES TAPISSIERS ET LES BACTELIS8EUR8
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AVANT-PROPOS.
Tournai a longtemps tenu un rang distingué dans l'histoire dos industries textiles. Il nest personne qui n'ait entendu citer sa manufacture de tapis, célèbre dans L'Europe entière et qui tint un moment le tout premier rang parmi les établissements rivaux.
Moins connus sont ses ateliers de tapisserie qui ont produit pendant cinq ou six siècles un nombre consi- dérable de tentures d'un prix inestimable, des tapis- series proprement dites, aussi remarquables au point de vue de la composition et du coloris que par la per- fection du travail et la richesse des matières employées.
C'est dans notre région qu'il faut placer le berceau de la renaissance de la grande industrie des tapisseries au moyen-âge. Celles d'Arras jouissaient d'une répu- tation universelle, qu'elles conservèrent jusqu'en 1477, époque désastreuse d'un siège meurtrier.
Les plus anciens spécimens connus de cette fabrication (ils datent de 1402) reposent à la cathédrale de Tournai, monument auguste et vénérable bien digne d'abriter
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un pareil trésor, et constituent une série de qua- torze pièces où se déroule la vie de saint Piat et de saint Eleuthère les apôtres du tournaisis (1).
Immédiatement après Arras, apparaît Tournai, dans l'histoire de la tapisserie; Tournai, qui devint vite la rivale de la vieille cité des Atrébates et réussit à par- tager avec elle, alors qu'elle était encore dans tout l'éclat d'une réputation plus que séculaire, la clientèle des puissants ducs de Bourgogne dont elle s'était enorgueillie jusque-là.
Dès le commencement du XIVe siècle Tournai apparaît comme un centre important pour La fabri- cation des tapisseries; sa réputation ira croissant jusque passé le premier tiers du XVIe siècle et cette cité si artistique et si riche, si industrielle et si pros- père au moyen-âge produira une série de tapisseries comme aucune autre ville peut-être n'en a fourni.
La fabrication tournaisienne ne peut passer ina- perçue parmi celle des autres villes. Elle présente un intérêt propre et elle marque une étape dans l'histoire générale de la tapisserie, au même titre qu'Arras, Bruxelles et plus tard les Gobelins. Arras produit des œuvres franchement gothiques ; Bruxelles étale toutes les splendeurs de la Renaissance, et les Gobelins la finesse et la perfection des travaux de l'époque moderne. Les tapisseries de Tournai, au contraire, à la belle période de leur histoire, encore gothiques par l'inspi-
(1) Voir : tapisseries du XVe siècle conservées à la cathédrale de Tournai, in-4°, 14 planches. Tournai 1883.
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ration, appartiennent déjà à la renaissance par une foule de détails, et offrent le charme indéfinissable des produits des époques de transition.
Vers 1530 la production se ralentit. De puissantes rivales s'élèveront autour de Tournai et lui raviront sos clients d'élite, comme <dle-rncmo les avait piv< demment enlevés à Arras. A leur tour, Bruxelles, Lille et d'autres villes obtiendront la vogue et la laveur <lu publie.
Dès cette époque l'industrie des tapisseries déclina à Toui uai et a partir «b* la -•■■■«• ride moitié du XVI' sbVlc elle végéta. Elle eut quelques réveils, on essaya à diverses reprises de lui rendre au moins une partie de son importance d'autrefois ; vains efforts : la race des grands tapissiers avait disparu sans laisser de conti- nuaient ^ de leurs traditions. Quelques artisans modestes continuèrent seuls a produire des tentures <jui certes n'étaient pas dépourvues de mérite, mais qui ne pou- vaient plus rivaliser avec celles des nouveaux ateliers en faveur.
Après cinq ou six siècles d'existence, la fabrication des tapisseries cessa en notre ville vers 1720.
A côté des tapissiers vivait la corporation des haute- lisseurs, simples fabricants d'étoffes de soie et de laine. Toute-puissante au X\T siècle, ou elle comp- tait huit cents membres, elle perdit beaucoup de son importance, au siècle suivant, comme d'ailleurs toutes les industries tournaisiennes. Reprenant une partie des produits réservés d'abord aux tapissiers, les hau-
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telisseurs s'adonnèrent à la confection des tapis de table et des tapis de pied, qui obtinrent une certaine vogue.
Les hautelisseurs ont été trop souvent confondus avec les tapissiers. Nous nous sommes efforcé d'établir la part qui revient à chacun d'eux dans les documents comme dans les produits des deux industries de la tapisserie et de la hautelisse.
Il était réservé à la fin du XVIIIe siècle et au com- mencement du XIXe de voir renaître encore une fois à Tournai la grande industrie de la tapisserie ou plutôt de la hautelisse, par l'érection de la manufac- ture royale de tapis de Piat Lefebvre et fils, qui occupa jusque cinq mille ouvriers sous la domination française et qui, après avoir jeté un dernier éclat sur l'industrie tournaisienne s'éteignit à son tour.
Plusieurs fois déjà les tapisseries de Tournai ont fait l'objet de travaux remarquables.
Mgr Voisin, président de la Société historique et littéraire de Tournai en a parlé le premier dès 1863. A. Pinchart écrivit ensuite un mémoire, sur l'histoire de la tapisserie aux Pays-Bas dans lequel il montra pour la première fois toute l'importance de cette industrie à Tournai. Ce mémoire revu et complété dans la suite devint l'un des volumes de Y histoire générale de la tapisserie écrite en collaboration avec MM. Guiffrey et Mùntz. Les mêmes auteurs, dans les ouvrages qu'ils ont publiés ensuite sur cet art ont donné aux ateliers de
Tournai la place que méritaient leur importance et leur ancienneté. Malgré ces travaux considérables nous avons pensé que l'histoire des tapisseries de Tournai pouvait encore faire l'objet de nouvelles m herches.
Los plus remarquables œuvres de nos tapissiers, les plus intéressantes ordonnances réglant la fabri- cation sont déjà connues, il est vrai, mais même après la BKHMOn faite par lei écrivains éminents que nous venons de citer, il restait encore beaucoup à glaner dans le champ si va<to et si riche do uns archives com- munales. Il restait à trouver et à faire connaître bien des détails intéressants sur cette industrie, détails qui ne pouvaient au surplus trouver {-lace dans 1rs remar- quables travaux, écrits à un point de vue tout à fait général, que nous vouons do citer.
Huit années de recherches assidues dans les fonds d'archives des anciennes magistratures et dos corps do métiers nous ont permis de retrouver un grand nombre d'actes qui complètent l'histoire dont les grandes lignes seules avaient été tracées jusqu'ici.
D'autre pari quelques erreurs étaient à redresser ; nous ayons vu notamment indiquer comme point de départ de la décadence do nos ateliers l'année 1518 et avancer qu'à dater de la on ne compte plus a Tournai que quelques fabricants. Nous montrerons au contraire que jamais peut-être nos tapissiers n'ont été plus nom- breux et que jamais ils n'ont produit autant que dans le premier tiers du \\T siècle.
Bnfln il y avait a réclamer pour nos ateliers des tentures importantes et mémo des séries entières de
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tout premier ordre, demeurées jusqu'ici indéterminées et que notre fabrication peut revendiquer comme lui appartenant.
Parmi ces pièces figurent en particulier de riches tapisseries conservées dans les églises et les musées de France, et en les revendiquant pour la fabrication tournaisienne nous les restituerons en même temps à l'industrie française, puisqu'à l'époque du plus complet épanouissement de ses ateliers de tapisseries, Tournai faisait partie de la France dont elle ne fut définiti- vement séparée qu'en 1521 ,
Ces revendications n'étonneront personne et sont en quelque sorte prévues. En l'absence de fabriques de tapisseries dans les limites actuelles de la France avant le second tiers du XVIe siècle (i) il faut bien chercher dans nos régions le lieu d'origine de ces tapisseries, et si l'on tient compte de leur caractère mixte où l'art français et les procédés flamands sem- blent confondus, on est obligé de reconnaître que ce lieu d'origine n'a pu être que Tournai, seule ville où les deux écoles se sont en quelque sorte fondues en un ensemble harmonieux g
Malgré le soin apporté à nos recherches et l'abon- dance des documents que nous avons consultés, nous
(1) Labarte. Histoire des arts industriels, tome iv. p 'M A.
(2) - Certaines tapisseries conservées à Rennes, Bourges et Reims, « peuvent être revendiquées par des grands centres de production » comme Arras, Bruxelles, Tournât/.. . ■ \Muntz, la tapisserie, p. 146.)
n'avons pas la prétention «l'avoir élucidé toutes let quêtions que soulève la matière si intéressante de nos tapisseries, ni dissipé l'obscurité qui régne encore sur bien des points de son histoire. Notre ambition n'allait pas jusque là< instruit que nous étions par l'expérience d'un de nos devanciers. « Dans les travaux du genre * de celui-ci, dit M. lloiidoy, que de phrases à terrni- " ner par un point d'interrogation! » (i). Ce point d'interrogation, nous n'avons pas hésité à le placer iprèt tel ou tel texte, plutôt que de donner à la diffi- culté qu'il soulève une solution hasardée.
Quel que fut notre désir de restituer à notre indus- trie tout ce qu'elle semble pouvoir réclamer, nous croyons cependant n'avoir pas dépassé les bornes d'une juste modération et n'avoir exercé notre droit de revendication que là où il paraissait établi par des documents ou des présemptions présentant toutes les probabilités d une certitude. Nous espérons au moins n'être pas tombé dans ce bravera ju'on peut reprocher trop souvent à certains ailleurs, de ne voir partout que les produits de l'industrie qu'ils étudient.
La pan de Tournai dans les anciennes industries d'art est assez belle pour que nous ne songions pas à détourner à son profit quelque chose du patrimoine des villes qui furent m rivales. Puissent celles-ci imiter notre réserve.
Ce livre enfin, nous osons le dire, est une œuvre de bonne foi. Mettant de côté tout parti pris, il ne plaide
(1) Les tapisseries .le hautes-lisses... <le Lille, page 96.
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pas les arguments en faveur d'une thèse, en ne pro- duisant que les titres qui peuvent lui donner gain de cause. Préoccupé avant tout de rechercher et d'établir la vérité sur la question qui nous occupe, nous avons cité tous les documents que nous avons pu trouver sur la matière, et si nous en avons déduit des conclusions en faveur de nos ateliers, d'autres peut-être y trou- veront aussi des arguments en faveur de tel ou tel point particulier.
Suivant la méthode adoptée clans de précédents tra- vaux, c'est moins l'auteur de cette étude qui parle, que les documents eux-mêmes par lui recueillis et mis en œuvre; mieux que lui, ils proclameront que les ateliers de tapisseries de Tournai doivent ligurer parmi les plus importants et les plus fameux tant sous le rapport de la quantité de pièces qu'ils ont fournies au commerce que sous celui de la haute valeur de ces tentures au point de vue artistique et industriel (1).
Tournai, Décembre 1891.
(1) Les documents cités dans les pages qui suivent proviennent pour la plupart des archives communales de Tournai : délibérations des Con- saux, Comptes généraux, Publications du magistrat, Registres de la loi. Actes devant les Prévost et Jurés, Actes devant les Echevins, fondai des Arts et Métiers, Testaments, Comptes d'exécution testamentaire, etc. Nous les désignons par un T. suivi d'un numéro qui est celui de l'inventaire de ces archives.
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TAPISSERIES DE TOURNAI
LES TAPISSIERS & LES HAUTELISSEURS DE CETTE VILLE
CHAPITRE I. Aperçu historique.
C'est on \2(X) et \2(.H) qu'on rencontre pour la pre- mière fois dans les archives communales de Tournai, des noms de tapissiers : Philippron de Bruges le (apisseur et Jakèmes Campions // tapissières.
Il est cependant prohahlo qu'antérieurement à cette date on fabriquait des tapisseries dans notre ville, où les industries de la laine et du tissage ont toujours été ilorissantes, mais l'absence de documents ne permet pas de déterminer quelles étaient ces tapisseries.
Dès les premières an nées du XIVe siècle les tapissiers étaient organisés en corporation, comme le prouve une condamnation encourue par un de ces artisans pour avoir transgressé les ordonnances du métier (1) ; et d'autre part, la donation de tapisseries faite .à la
(1) Jeban Ballehans tapissières (condamné) à xl 1. pour dire lait as wardes de sen mestier pour leur office. T. Registre de la loi. 1334. les tapisser. 2
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cathédrale de Tournai par 1 evêque André Ghiny (mort en 1343) prouve que cette industrie avait déjà atteint une certaine perfection, si comme on peut le supposer avec toute vraisemblance, il s'adressa pour leur con- fection aux artisans de sa ville épiscopale. « Il donna » (dit Mgr Voisin à qui nous empruntons ce détail) r> de son vivant deux beaux tapis ouvragés d'or et » historiés (î). » Ces tentures à personnages, tissées d'or, donnent une haute idée de la fabrication tournai- sienne à cette époque reculée.
Il faut voir aussi des tapisseries dans les deux carpitres (2) escuchonnées, c'est-à-dire ornées d'armoi- ries données par Mehaut de Waudripont, dans son testament de 1345, aux religieux Augustins « pour mettre devant leur grant autel as jours solempnels * et clans les articles suivants repris dans des testaments et des inventaires : « deux carpitielles ouvrées de haulteliche escuchonnées (135G); — un drap de siège et une douzaine de coussins d'œuvre sarrasinoise (135G) — un eouvretoir de haulte liche - (13G3).
Le métier avons nous dit était parfaitement organisé à Tournai, où l'on rencontre pendant la première moitié du XIVe siècle une trentaine d'artisans qualifiés tapis- siers, établis dans cette ville (3).
C'est en 1352 seulement qu'on signale pour la
(1) Voisin. Les tapisseries de la cathédrale de Tournai.
(2) Carpitre ou carpette est une étoffe de laine grossière dans le genre de la moquette.
(3) Les noms de tapissiers, que nous donnerons plus loin, sont extraits non de registres de corporation ou de listes anciennes d'artisans, mais d une foule d'actes d'intérêt privé de nos archives communales que nous avons dépouillés : donations, testaments, registres de condamnations, etc., d'où il suit que malgré le travail énorme auquel nous nous sommes Lvré, nous n'avons certainement pu relever qu'une faible partie seule- ment des artisans qui ont appartenu au métier.
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première fois à Tournai un ouvrier qualifié liaute- lisseur, il s'appelait Jean Capars et était originaire d'Arras; d'où Mgr de Haisne, dans son Histoire de lart en Flandre avant le XV siècle a conclu que la fabrication à Tournai des hautes-lisses c'est-à-dire dans son esprit, des tapisseries, n'était pas antérieure à 1362 et qu'elle y avait été importée d'Arras.
Nous ne pouvons nous rallier à cette opinion, car si Jeta Capars est le premier artisan tournaisien, portant le nom de hautelisseur, les œuvres de hautes-lisses y étaient connues avant lui; on vient de le voir (1).
Kn outre, faut-il attacher quelqu'importance à oe qualificatif hautelisseur, et de son absence dans des documents écrits antérieurs a l.TrJ, conclure la non existence de véritables tapisseries avant cette date? Nullement : c'étaient avant tout les tapissiers qui fabri- quaient des tapisseries et non les hautelisseurs. Si ceux-ci en ont produit également, cela n'a eu lieu que pendant un espace de temps assez restreint. Hautelis- seurs et tapissiers forment deux groupes bien distincts dans l'industrie des tissus; tous deux emploient les mêmes matières premières et les mômes métiers, mais leurs produits sont très différents : les premiers font des étoffes proprement dites, les seconds des tentures artistiques, le plus souvent à personnages, auxquelles de tout temps a été réservé le nom de tapisseries.
Les documents que nous citerons au cours de cette étude prouveront qu'il ne faut pas identifier les mots tapissiers et hautetùseurs, tapisseries et hautes-lisses, et les considérer comme synonymes (2).
(1) Dos inventaires après décès de 13 4."> ot 1350 mentionnent des œu- vres do li:aitelisso en même temps que des tapis s.irrasinois qui évidem- ment avaient du être fabriqués un bon nombre d'années avant ces dates.
(?) BatOODUp d'auteurs ont employé indifféremment ces divers mots
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Au XIVe siècle et même déjà au XIIIe, les appar- tements d'apparat chez les grands étaient garnis de tentures recouvrant à la fois les murailles et les meubles : en 1278 Agnès Wisse lègue « un des dras ki tendent en me cambre. » En 1385 Sire Henri Prevos lègue à l'église Saint-Piat « quatre draps de liaulte- » liche lesquels il avoit accoustumé de prester pour » parer la dite église (l). » En 1390 on trouve à l'inven- taire de Jehanne Pollet « une cambre vermeille a pape- gais contenant m pièces. * Ces draps sont certaine- ment des tapisseries.
A la fin du XIVe siècle on rencontre des tissus qualifiés Œuvre de Tournai.
Faut-il les considérer comme des tapisseries pro- prement dites, ou plutôt comme des étolïes tissées (2)? L'absence de description de ces pièces laisse un doute que les documents contemporains ne permettent pas de trancher.
La première ordonnance connue portée par le ma- gistrat de Tournai sur le métier des tapissiers remonte à l'année 1377. Très laconique, elle se borne à prescrire à ceux qui vendent sarges (3) tapis et cou- vretoirs, (4) de se trouver avec leurs marchandises au
l'un pour l'autre, ce qui a amené une déplorable confusion. Nous aurons soin dans les pages qui suivront de citer toujours le mot même donné par les documents que nous relaterons.
(1) A. delà Grange. Obituaire de la paroisse S. Piat, n° 17.
(2) Six coussins d'œuvre de Tournay. T. 1301. Comote de tutelle Gallet.
(3) Sarges, c'est-à-dire les serges, tissu de laine.
(4) Coitvretoirs, couvertures et toute pièce d'étoffe destinée à recou- vrir un meuble.
marché la samedi, et leur défend de vendre à la fois des marchandises neuves et des vieilles (1).
Cetteordonnance est suivied'une autre, en Il M.), sur la fabrication des draps velus, que les tapissiers con- fectionnaient concurremment avec les tissus historiés. Oo y rencontre l'obligation pour tout maître et tout ouvrier de marquer ses produits d'un signe qui lui est propre et ensuite d'y faire apposer la marque de la ville, qui consistait en un plomb (2). On trouve en elïet dans les comptes communaux de fréquentes dépenses faites pour la gravure des sceaux et des tenailles servant à frapper ces plombs (3).
Enfin en 1997 une troisième ordonnance, beaucoup plus complète et plufl détaillée que les précédentes vient réglementer la fabrication - de la tapisserie, kauUeluhe et <//■<//, s veiuê fais en Tournai. » (26 mars 1897.
Cette ordonnance bien que publiée déjà dans plu- sieurs ouvrages et notamment par Mgr Voisin (4 , le chanoine de Haisne (5) et A. Pinchart (0); est trop importante pour que nous n'en donnions pas le texte complet. On la trouvera aux Pièces justificatives, (n" 3) et nous nous contenterons d'exposer ici un résumé de srs principales dispositions sur lesquelles nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir.
(1) T. Ordonnance dos « onsaux du 11 mars 1377 intitulée - des tapis- sours. - Voir aux IV-ccs juMiticativtv n" 1.
(2) Ordonnance des Consaux du 7 août 1380 T. fonds des arts et métiers, reg. 4231 BB. F 67 v°. (P. J. n° 2).
(3) A Pierre Crissembien, tailleur des quoings de la monnoye du roy nostre sire, à Tournai, pour avoir taillé et emprienté six paires d'esté- mllaa Ixiii s. T. Compta d'ouvrages de 1395.
(4) Bull. Soc. htst. et litf. de Tournai, tome x.
(5) Histoire de l'art en Flandre... Documents, tome it, p. 745.
(6) Histoire génénU iê la tapisserie, v° Tournay.
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h Défense de vendre « vieze sargerie avec nou- velle. r> Ces sargeries ou serges se vendaient au grand marché, le samedi, comme on la vu dans l'ordonnance de 1377.
2 et 3. Indication des matières à employer; * ouvriers a le marche et de haulteliche » ; défense de se servir de certaines étoffes.
4. Les « ouvrages de hauteliche et de broque * seront scellés du même sceau dont on scelle les cou- vretoirs, par les eswars ou visiteurs du métier.
5. Défense de travailler les nuits de Notre-Damo des Apôtres et les samedis, « après le resson sonné. * Les nuits, c'est-à-dire ici la veille au soir des fêtes en question, depuis la sonnerie de la cloche du belfroi qui après le goûter de quatre heures appelait d'ordinaire les ouvriers au travail ^i).
Défense enfin de travailler à la lumière.
6. Défense à ceux « du dit mestier de sargerie - d'avoir plus de deux apprentis. L'apprentissage devait durer trois ans. — Défense de mettre dans les étolfes des « poils de vaque. »
7. Obligation de porter au scel de la ville les « cou- vretoirs, sarges, toies et autres ouvrages. »
8. Obligation de faire mesurer par les eswars toute pièce de sargerie, aussitôt qu'elle est enlevée du métier, et défense de la plier avant qu'elle ait été scellée.
(1) On trouve en ce qui concerne les tisserants une disposition ana- logue, mais plus explicite : « Que tous tisserans et ouvriers dudit mestier tant en hiver comme en été depuis maintenant en avant, jusques a d'uy en ung an, laisse œuvre a la cloque du disner sonné et s'en voisent disner où bon leur samblera jusques au resson, endedans laquelle heure de resson chacun desdis ouvriers soit revenu à son œuvre chascun jour. (28 avril 1421. Registre du métier des tisserans f° 86 aux Arch. de Tournai). Dictionnaire Godefroy, V° ressoa.
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9. Obligation de serrer le tissu des - ouvrages de sar^crie et de hauteliche. -
10. Obligation aux ouvriers et ouvrières de faire bon et loyal ouvrage et de le laisser visiter par les cswars.
1 L Lei draps velus fabriqués hors de Tournai n'y peuvent être vendus qu'après avoir été visités par les eswars. S'ils sont trouvés bons, on y appose un ■ scel
■ de chire qui n'est point la inarque de la ville maifl - tout différent d'icelle et non semblable a l'enseigne
■ des draps velus fais en Tournai. * S'ils sont trouvés défectueux, les eswars les font couper.
12 et 13. Draps velus fabriqués à Tournai. Mode de les travailler et désignation des matières qui les composent .
Le même jour, 2G mars 1397, les Consaux com- plétèrent l'ordonnance précédente, en ce qui concerne les draps velus, et prescrivirent aux \ i si tours du métier Temploi d'un sceau particulier pour sceller lesdits draps. Bien que l'ordonnance ne le dise pas, on sait que cette marque portait la tour qui figure dans les armoiries de Tournai, comme il est expressément dit dans un compte de 1111.
De 1 à 1 100, on rencontre dans «les actes divers les noms d'une quarantaine d'ouvriers appartenant au métier des tapissiers et des hautelisseurs. 88 sont appelés tapissiers, T> luiufelisseurs ou ouvriers de haul- teliche, et les autres tisscraus de relus.
Ce relevé, qui indique un progrès marqué dans le développement de la fabrication, est certainement très incomplet puisqu'il n'a été fait, comme nous l'avons exposé plus haut, qu'au moyen d'éléments puisés dans des fonds d'archives étrangers au métier. Los papiers
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et archives du métier antérieurs à la première moitié du XVIe siècle, ont complètement disparu.
Les mentions de tapisseries deviennent dès le com- mencement du XVe siècle plus fréquentes, sans être jamais bien nombreuses, car à cette époque comme maintenant encore, malgré l'excessif développement du luxe et du confort, les tapisseries ont toujours été des pièces de valeur, réservées à la décoration des églises, des palais et des monuments publics. Peu de particuliers en possédaient et ce n'est qu'exceptionnel- lement qu'on en rencontre dans les habitations de la bourgeoisie et même de la noblesse pendant toute la belle période de la fabrication.
En 1400 la veuve Piérart Bernard lègue « six cous- » sins qui sont ouvrés (travaillés) de hautelice a hom- » mes sauvages » et Jacques de Lannoy lègue à son frère « une jaque ouvrée de hauteliche. •< On rencontre encore, dans des actes de la même époque : * Un drap » gaune (jaune) d'œuvre de hauteliche (1401), — un r> pièces de carpitres armoyés des armes des Gargate r> (1403), — un banquier ouvré de hautelice (1402), — » deux carpites et un banequier a compas (écussons » ou cartouches) armoyé et semé de gaunes estoiles » (1405), — un drap de hautelice armoyé de mes y> armes (1404), — une sarge destainte à plusieurs y> marmousés (petits personnages) (1404), — six cous- » sins à parge ouvrés de papegais (perroquets) (1409), » — une douzaine de coussins de parge à luppars » (léopards); deux draps de siège piers (bleus) armoyés » de dragons couronnés (1411), — un grand couver- » toir de hauteliche, in banequiers et un drap de cou- * que tout de hauteliche (1412), — une douzaine de » coussins à parge piers a compas, un couvretoir de
» couque aussi piers et m banquiers aussi piers, tout
- d6 hauteliche, semés de rosiers et autres fleurs » (1412), — un vermeil banquier ouvret de hautelice » (1445), — des coussins arbroyés et oiselés (c'est-à-dire
- décorés d'arbres et d'oiseaux) (1420), — coussins de » parge où il y a singes figurés (1428), — coussins de » parge à testes armées (1429), etc. (i).
Tous ces documents sont extraits du fonds si riche des testaments et des comptes d'exécution testamen- taire, reposant aux archives communales de Tournai.
C'est au commencement du XVe siècle, que Tous- saint Prier, chanoine de la cathédrale de Tournai, fit confectionner à Arras les tapisseries représentant l'his- toire de saint Piat et de saint Eleuthère, qu'il donna à lacathédrale, nu on peut ene<»re les voir aujourd'hui 2).
Sans connaître les motifs qui ont engagé le chanoine de Tournai a s'adresser aux ateliers d'Arras plutôt qu'à ceux de Tournai, rien n'autorise à supposer que ces derniers eussent été incapables d'exécuter pareil travail, et surtout de conclure qu'on ne fabriquait pas alnrs a Tournai semblables tentures. Nous verrons plusieurs fois dans le cours de cette étud. nos majris- trats achetant des tapisseries dans des villes étran- gères, a une époque où cette industrie était «à Tournai même, dans toute sa splendeur, et par contre on verra nos tapissiers vendre leurs produits dans des contrées ou semblables fabriques étaient établies. Alors comme aujourd'hui la concurrence était vive entre les fabri-
(1) Ce mot paiyr, qu'on rencontre dans presque tous les inventaires, doit désigner une sorte de cuir; coussins de parge ou a parge sont probablement «les coussins dont le dessous était garni de cuir.
(2) Tapisseries du XY° siècle conservées à la cathédrale de Tournai. In- 4° 20 planches. Tournai 1881.
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cants; ils exportaient leurs produits dans des régions parfois fort éloignées et les relations entre les villes commerçantes étaient assez faciles et assez fréquentes, pour qu'un particulier put faire des commandes partout où son goût le portait.
Les pièces citées plus haut sont assez nombreuses et on ne manque pas d'autres documents encore pour prouver qu'à cette même époque nos tapissiers fabri- quaient et vendaient de véritables tapisseries (1).
En 1407, le 19 juillet, les Consaux portent une nouvelle ordonnance sur la fabrication des draps relus, et notons en passant que cette abondance de textes réglementant le métier prouve son importance sans cesse grandissante
Cette ordonnance avait pour but, elle le dit elle- même, de compléter les règlements qui avaient été antérieurement portés sur la même matière (2). Nous l'analyserons comme les précédentes.
1. Quantité de laine qui doit entrer dans les draps velus de laine d'Espagne ;
2. Dans ceux de laine de Reims.
3. Défense de mélanger les deux laines.
4. Défense d'y faire entrer du til detoupes; obli- gation d'y mettre bon fil de lin ou de chanvre.
5 et 6. Dimensions à donner à ces draps.
7. Faculté laissée aux maîtres de faire des pièces de qualité supérieure à celle requise par les règlements.
8. Défense aux teinturiers de teindre les draps velus fabriqués hors de chez eux.
9 et 10. Obligation de faire visiter et sceller lesdits draps.
(1) T Compte d'exécution testamentaire Jelienne Esquiequeline, 1 409.
(2) T . Fonds des arts et métiers registre n° 423 1 fiB p 64 (toi r P. J . 4) .
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1 1 . DrtriJ de visite au domicile des maîtres par les eswars du métier.
1^. Défense aux maîtres d'avoir plus d'un apprenti, Ol durée de l'apprentissage fixée a un an.
L'amfté0 suivante (7 août 140$) le mémo colK-e rend une nouvelle ordonnance « sur le fait du mestier ouvra- ges et marchandise des draps nomméê kùuU&Uchê (i).
L Création d eswars chargés spécialement d'aller visiter les draps chez les ouvriers mêmes et d'y apposer DU sceau dont la forme sera arrêtée par le
magistral .
2. Obligation d'employer de bonnes matières pre- miéres.
'A. ( Migration de faire teindre la chaîna des draps en wedde (bleui vert ou vermeil .
I. Dimensions à donner aux draps de liaultelichos. .r>. Perfection et lovauté du travail.
6. ( Obligation pour tous maîtres d'apposer leur ensei- gne sur les haultes-liehes qu'ils fabriquent ; chaque maître aura sa marque propre et difïérentc de celle des autres.
7. Heures du jour pendant lesquelles il est permis de travailler, selon les saisons.
S. Défense de travailler les jours de fêtes religieuses les samedis, les jours de féte de Notre-Dame et les jours de vigile, après none sonnée à l'église Notre- Dame .
(.) et 10. Durée de l'apprentissage fixé cà deux ans, et paiement d'un droit d'entrée dans le métier.
II. Tout maître ne peut avoir qu'un apprenti à la fois.
(1 | T. Registre aux publications, 307 g P 80 (P. h 5).
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12. Défense de faire travailler un apprenti sur l'ou- vrage commandé par un autre maître.
13. Défense de travailler hors de la banlieue et juri- diction de la ville.
14. Défense aux ouvriers et marchands de conserver chez eux des hautes lisses fabriquées à l'étranger si elles n'ont été visitées et scellées par les eswars.
Le reste de l'ordonnance vise la fabrication des « Draps appelés de Bourges * ou bourgeteries et leur impose l'obligation du scel, en fixe la composition, les dimensions etc.
Enfin tous ouvriers de haulteliche et de bourges sont tenus, aux termes du § 2G de l'ordonnance, d'ôtablir leur atelier dans des chambres situées à front de rue, pour qu'on puisse s'assurer plus facilement de l'exacte observation des règlements sur la matière (î).
Le 6 mai 1410, les Consaux réglementaient de nou- veau le « mestier et marchandise des draps de haulte- liche allemarche et tapisserie (2); » le 5 janvier 1411 ils ajoutaient des dispositions visant spécialement les haulteliches (3); le 9 décembre 1410 ils avaient encore légiféré au sujet des « ouvriers de tapisserie sarrasi- noise appellée a le marche (4). » Il sera parlé de nou- veau de ces ordonnances dans les chapitres II et III qui traitent de la réglementation du métier et de la fabrication.
A. Pinchart dit que les hautelisseurs formaient dès 1423 une des trente -deux bannières ou corps de
(1) Pour les draps de Bourges, voir chapities 2 et 3.
(2) T. Registre aux publications, n° 397 B( (3 Ibid. P J. 8.
(4) Ibid. f° 116. P. J. 7.
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métiers de la ville de Tournai. Ils eurent alors leur féte patronale le jour de la Transfiguration de Notre- Seigneur. Avant cette date, ajoute-t-il, ils dépendaient du corps des merciers et comme eux avaient saint Maur pour patron. On trouve en effet dans une liste des corps de métiers, dressée le 10 juillet 1429,1a bannière des haultelicheurs et sargeurs. — Quant aux tapis- siers, ils étaient sans doute à cette époque, encore confondus avec les hautelisseurs et compris dans leur bannière dont ils formaient l'une des branches, car ils ne sont pas cités nominativement dans la liste des métiers.
Le métier était déjà puissant à cette époque : plu- sieurs de ses membres émigrèrcnt à l'étranger où ils établir, nt «les fabriques devenues célèbres par la suite.
En 1480 on signale à Avignon la présence d'un tapissier de Tournai nommé Jean Hosemant. L'arche- vêque de Narbonne, camérier du pape, lui confie l'exé- cution d'une chambre de tapisserie qui devait être ornée de paysages avec figures d'oiseaux et de qua- drupèdes (î).
Les tapissiers qui ont établi les ateliers d'Audenarde venaient pour la plupart de Tournai (s). En 1441 la corporation audenardaise était déjà florissante.
(In peu plus tard 1 164) on trouve à Ferrare deux hautelisseurs ou plutôt doux tapissiers tournaisiens travaillant pour les ducs Borso et Hercule I [z)\ les fondateurs des ateliers de Mid.lelbourg en Flandre ( \ 165) forent encore des tournaisiens, Brice leBacquere
(1 K. MOnte. La tapiaêriê, p. 146.
(8) (iuitVivy. Histoire de la tapisserie, p 93. [3) Mvintz Loco ci lato.
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et Melchior de le Wede (1). Ils fabriquaient des ver- dures et des tapisseries à personnages (2).
En 1475 on trouve deux tapissiers tournaisiens établis à Paris (3); plus tard, en 1492 ce sont des hautelisseurs tournaisiens qui ont implanté cette indus- trie à Amiens (4); enfin dans plusieurs localités, notamment en Angleterre, en France et en Allemagne, on rencontre des hautelisseurs originaires de Tournai.
Dès le premier quart du XIV'1 siècle nos inventaires accusent une progression croissante dans l'achat des tapisseries et des étoiles de hautelisses et dans l'im- portance comme dans la valeur des pièces fabriquées.
Dans un compte de 1427 on trouve « quatre pièches de drap figuré ; - — le compte d'exécution testamen- taire de Pol de Lannoit, sans cloute un hautelisseur, dressé en la même année, mentionne des draps do hautelisse de plusieurs espèces. Leur haut prix indique qu'il s'agit d'étoffes de valeur. — Jehan du Gardin lègue en 1433 à l'église Saint-Nicaise « quatre pièces de drap contenant la passion de Notre-Seigneur les deux de broqueterie et les autres deux de toille. » — Mar- guerite Le Ruddre lègue des banquiers, une sarge, un drap de couche « ung drap pour ung huis » et dix-huit coussins, « lesquels sont tous compassés de coulions (pigeons) sur branches de fleurs et est la campaigne (le fond) piersse.... à prendre toute ladite tapisserie après
(1) La fabrication de la tapisserie de hautelisses à Middelbourg. Annales de la Société d'émulation de Bruges, 4e série tome v, p. 387.
(2) Dehaisne, Archives départementales du Nord. B. 2082, année 1 470.
(3) T. Echevinage de saint Brice.
(4) Guiffrey, Histoire de la tapisserie.
le décès dé.... (1434) — une douzaine de coussins de hautelisse ouvret de personnages (1438) — une plalte bourse d'ouvrage sarrasinois (1445). — Marie du Mortier lègue « une cambre tendue de sept pièces de drap sanguin armoyé des armes des Ooquevillain et des Mortier - (1440) etc., etc.
Ces œuvres sont pour la plupart des tapisseries pro- prement dites, faites sur des carions peints par des artistes de valeur tels que Robert Campin et Henri de Beaumetiel (1438) (i); Jacques Daret (1441), Robert Darv, Simon Marmion et autres peintres répuiés qui ont pria une si large part au mouvement artistique du XV* siècle.
Nos magistrats communaux H6 ménageaient pas leurs encouragements à cette belle industrie, qui, quelques années plus tard, devait porter au loin la réputation de nos ateliers.
Le 10 février 1438 ils rendent une nouvelle ordon- nance pour la branche n,arc)tcfc\rrs, afin d'assurer la bonne exécution de leurs ouvrages. Dans < tte ordon- nance, dont nous reparlerons plus loin, on distingue nettement les - menus ouvrages tels que de banequiers, coussins et oouvretoirs * et les « ouvraiges de person- nages - fabriqués les uns et les autres par les mêmes artisans, comme le prouve le compte d'exécution testamentaire de Jehan Dupret tapissier, où Ton voit que celui-ci, à côte de tapisseries proprement dites, tissait aussi des couvertoirs.
Quelques années après on trouve des achats impor- tants faits par le plus illustre des clients de nos manufac- tures, le fastueux Duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon.
(\) Sur 061 artistes, Voir de fa Qrtmfft I t Cloqurt, Tart à Tournai, t . "J .
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En 1446, il achète à la veuve de Jehan Baubrée un
tapis de muraille à histoire de personnages, coûtant quarante-deux sous l'aune.
En 1449, Robert Dary et Jean de l'Ortie lui vendent la tenture de Y Histoire de Gédéon ou de la Toison d'or, destinée à décorer la salle des assemblées de la Toison d'or, la pièce la plus fameuse sortie des ateliers tournaisiens et qui existe probablement encore aujourd'hui, sans qu'on sache exactement en quel en dr o i t . P u i s ces 1 1 a t ap i sser i e d e Y Histoire dA l cxa nd) *€ , non moins fameuse et non moins remarquable que Pasquier Grenier vend au même prince (1 159).
Celui-ci lui acheta encore six grands tapis de mu- raille représentant la passion de N otre-Seigneur — puis une chambre de tapisserie « toute emplie de bos- quaille et de verdure et portant esdites pièces plusieurs grans personnaiges comme paysans et bûcherons » (1461) — l'année suivante il lui achète Y Histoire dEsther, qu'on voit encore aujourd'hui au Musée lorrain de Nancy, et Y Histoire du chevelier au Cygne. En 1466 il acquiert deux chambres de tapisserie « Yune d orangers f autre de buc/terons » dont il fait présent cà de grands personnages.
Les ducs de Bourgogne firent encore d'importants achats à Tournai, mais ils n'étaient pas les seuls étran- gers qui vinssent s'y fournir. C'est ainsi que Pasquier Grenier envoyait ses produits à Puy en Auvergne (i) et à Lyon sur le Rhône (2); à Reims (3) en Champagne et en bien d'autres lieux. Les autres tapissiers et mar- chands, s'ils avaient une clientèle moins illustre ou
(1) Journal des Prévost et Jurés, 1449. T. n° 3310.
(2) Ibid.
(3) Ibid. 1460, n° 3312.
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moins lointaine, étaient cependant tout aussi actifs.
Ils travaillaient pour ceux de leurs confrères qui à leur qualité de fabricant joignaient celle de mar- chand. Pasquier Grenier par exemple u'eut pu pro- duire dans ses seuls ateliers toutes les tentures qu'il livra aux seuls dues de Bourgogne; il faisait encore travailler d'autres maîtres pour son compte comme le permettaient les règlements du métier.
C'est ainsi encore que Qillart Derosne fournit des tapis à Robert Dary (1) ; que Nicaise Gaudin travaille pour Philippe le Scellier (2), etc.
Nombreux sont les contrats passés entre tapissiers devant la juridiction des Prévost et Jurés. Malheureu- sement ils sont généralement très laconiques, et se bornent à constater les sommes dues sans décrire en aucune façon les marchandises vendues.
Nous sommes assez bien renseignés au sujet des tapis- series vendues aux princes souverains, par les comptes de leur maison conservas dans les archives publiques; des achats faits par les particuliers au contraire, il ne reste généralement pas trace; leurs livres de dépenses ont disparu, si tant est qu'ils en ont tenu; et quant aux tentures elles-mêmes, le goût de la nouveauté, les caprices de la mode, les revers de fortune, les acci- dents quotidiens les ont fait disparaître. Seuls les con- trats d'achat, passes devant les magistrats, les testa- ments, les inventaires révèlent l'existence de quelques tentures ; mais ces actes sont peu nombreux et ne don- neront qu'une faible idée de la quantité et de la valeur des produits d'une époque; car le plus souvent on ache-
(1) V. 1458. Ibid. 3312. i (2j Ibid, 1400.
LKS TAPISSKR.
3
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tait la tapisserie toute faite, on la payait comptant et alors il n'était pas besoin de passer acte du marché ; quant aux legs testamentaires ils ne peuvent être que l'exception ; enfin les inventaires, outre qu'ils sont trèa laconiques ne relatent généralement qu'une partie du mobilier, l'autre appartenant d'après les règles de l'ancien droit sur la communauté matrimoniale au conjoint survivant. Ajoutons que très certainement le plus grand nombre des testaments et des inventaires du XIVe au XVIIe siècle ont aujourd'hui disparu, et on comprendra ainsi la difficulté de trouver des docu- ments relatifs aux tapisseries possédées par des particuliers.
Pour ce qui est des tapisseries acquises par les églises, outre toutes les causes de destruction qui leur sont communes avec celles des particuliers, elles ont encore été anéanties en grand nombre lors des trou- bles du XVIe et du XVIII6 siècle, et les archives qui les mentionnaient ont péri avec elles.
Ces pertes sont éminemment regrettables ; mais que dire de la destruction froide et volontaire de ten- tures du plus haut prix qui a certaine époque a été ordonnée. Ne lisons-nous pas qu'en l'an V de la Répu- blique, sous le Directoire, on décida de brûler seize des plus belles séries de tapisseries conservées en garde- meuble (en tout 180 pièces) à Paris, pour en retirer les fils d'or et d'argent qu'elles contenaient (1)! Qu'on juge par cet exemple illustre, des autres attentats perpétrés dans l'ombre contre nos belles tapisseries !
Pour l'époque qui nous occupe, on sait que Guil- laume Fillastre, évêque de Tournai de 1401 à 1473, fit
(1)/. Guiffrey. Histoire de la tapisserie, p. 450.
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faire rU-s tapisseries « contenant X Histoire du ciel et nouveau testament, si comme la passion de nostre Srignrirr - rju'il fit tendre au chœur de la cathédrale de Tournai, et donna plus tard à l'abbaye de Saint- Berlin, à Saint-Omer (i).
Philippine d'Escamaing, dans son testament (1455) lègue * un gardinet ordonné de fleurs de soye auquel » est la pourtraiture de nostre Seigneur. ■
Nicolas Dimanche fait aussi un legs de tapisserie (1 W^) - item je donne à Arnoul mon Al, ma verde
- chambre de tapisserie, telle que je l'ai fait faire, par « condition que, se aucuns de mes autres enfants en
- ont afaire pour aucuns honneurs, je veut qu'elle leur » soit presté (2). -
Dans l'inventaire dressé au décèl de Jehanne Des- pars (1 M)i>t, <.n trouve « une chambre de haultcliche, •* le sarge, xn coussins, m banquiers et ung drap de » couche qui sont tout d'un ouvrage. »
Six coussins royés de marcheterie (14G7. Compte Jehan du Masich).
Les tapisseries devaient être abondantes a Tournai à cette époque, car 60 toute circonstance on en décore les monuments et même les mes.
Lors de l'entrée de Louis XI, roi de France, clans cette ville (1 183), les magistrats recommandèrent aux habitants d'en parer leurs maisons ■ item sera com-
(1) Voisin. Les tapisseries de la cathédrale do Tournai.
(S) La forme do ce legs est intéressante. La tapisserie donnée défait être prêtée a chacun des enfants du défunt, s'il en avait besoin pour décorer exceptionnellement un appartement. On remarquera en passant que les tapisseries à cette époque étaient des draperies mobiles, faciles
A démonter et I transporter pai tout où on voulait sa faire usage, et non
dos tentures tendues sur p:mneaux et fixées a ix murailles, comme cela se pratique depuis le XVIIIe siècle
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mandé aux bretesques que les demourans es rues par où il passera ayent leurs maisons parées de tapisseries, linges ou autres aournemens riches et notables (i).... »
Le nombre des tapissiers et des hautelisseurs s'était fortement accru pendant la première moitié du XVe siè- cle. On en trouve environ cent vingt cités dans des actes appartenant à différents fonds, parmi lesquels on rencontre une soixantaine de hautelisseurs, (ouvriers de haulteliche, hautelisseurs sarrazinois, ouvriers de haulteliche à le broque, etc.), trente tajtissiers (tapis- seurs et ouvriers de tapisserie) dix-sept marcheteurs, deux tisserants de velus, etc.
Les plus grands industriels étaient désignés de la façon la plus modeste, c'est ainsi que Pasquier Grenier est appelé parfois marcheteur et parfois tapissier; Jean de l'Ortie, s'intitule simplement marchand ouvrier de tapisserie.
En 1470 le magistrat de Tournai voulant faire pré- sent d'une tapisserie à un seigneur de la cour et n'en trouvant pas en ville qui fut convenable, la fait acheter à la fête d'Anvers ; mais comme nos fabricants avaient l'habitude à cette époque déjà, d'envoyer leurs tapisseries à la foire d'Anvers, il est à présumer que c'est l'un d'eux qui livra les tentures acquises par la ville. C'était une chambre complète « contenant neuf » pièches estofîees de fil de soye ouvrées et employées » de personnaiges dômes (d'hommes) et de femmes « sauvaiges (2). »
Deux ans plus tard c'est le magistrat de Bruges qui
(1) de la Grange, les entrées de souverains à Tournai.
(2) T. Comptes généraux. 1er avril 1469, 8° somme de mises.
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achète à un de nos fabricants, Pasquier Grenier, pour l'offrir à Charles le Téméraire, la tenture de (à instruc- tion de Troie.
Kn 1 175, l«i ville de Tournai commande à Jean le Bacre, tapissier, une chambre de tapisserie, destinée à Philippe de Commines, seigneur d'Argentan, qui lui avait rendu service.
Kn 1 tTCi, Marie Despares lègue « une chambre ■ estoiïée de coussins, banquiers et sarges enseignéz de * poplicans, » c'est-à-dire décorés de guerriers turcs et mores. Par le même acte elle lègue encore des cous- sins semés de verdure.
I /inventaire dressé en 1480 à la mortuaire de Simon Savary, riche bourgeois de Tournai, mentionne : une sarge de tapisserie — une sarge de bourgette — une pièce de tapisserie — six parqueaux de OOOSSins ver- durés, — deux sarges, une de couche et une de lit, et trois banquiers, tout de tapisserie — une pièce de satin figuré, et*-.
Kn coite même année le magistrat commande pour Poffrir plus tard au seigneur de Daudricourt, - une » tapisserie de verdure à soie, aussi bonne et de telle - valeur que celle que Mgr du Kude a fait faire en n cette ville (0.... ■
Cette tapisserie, donnée à M du Lnde, maréchal de France et gouverneur du Dauphiné avait été fournie par Willaume Desreumaulx, tapissier. Elle lui fut payée par la ville en 1481 (*).
Un tapissier nommé le Scellier vend - une sarge de l'Histoire de Nabuchodenosar ; » il meurt avant qu'elle soit terminée et un mareheteur demeurant à
(1) T. Journal des Prévost et Jurés. n° 3324
(2) T. Comptes généraux commençant le l°r avril 1480.
Bruges, Jehan Glisous. vient l'achever chez lui. On voit au compte de l'exécution testamentaire dudit le Scellier (1481) que plusieurs particuliers lui avaient acheté des tapisseries.
Les transactions entre tapissiers sont nombreuses : en cette même année 1481, Willaume Desreumaulx vend à Gilles Descamaing, marchand, « une tapisserie à soye de X Histoire de Tébbes - en plusieurs panneaux. Le même Desreumaulx qualifié cette fois, marcheteur, vend en 1482, à Pierre Rôgier, aussi marcheteur, « deux tappis de Yllisloire de Joseph estant de pré- » sent en la maison dudit Desreumaulx sur les hostilles » encomenchiez. » Willaume Desreumaulx fabrique pour Gilles Descamaing (1 181) et il paie deux livres de gros à Jehan de Vremont qui lui a fait obtenir la commande d'une tapisserie (2).
Le 7 avril L489 Gilles Descamaing et Adrien Binois, tapissiers, établissent des arbitres pour vider un différend (3). Guérard Renières et Gilles de Ilornes, marcheteurs, font de même (1490) (1), et encore Jean Trouet et Jean du Casteller en 1 193 (:»), Fierai t Rogier et Druon le Gay en 1404 (g).
En 1483, Haquinet le Scellier vend « une cambre r> ung tappis de verdure à soye à petits enfans, qui » monte à la somme de vingt-trois livres six sols deux » deniers de gros (7). »
Le Scellier faisait parfois travailler pour son compte
(1) T. Journal des Prévost et Jurés, n° 3324
(2) Ibid, n° 3324.
(3) Ibid, n° 3323.
(4) Ibid, n*> 3315.
(5) Ibid, 3326.
(6) Ibid.
(7) T. Son compte d'exécution testamentaire 1483.
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un tapissier d'Audenarde ; Desreumaulx au contraire, écoulait ses produits à Lille; en 1484 le magistrat de Tournai achetait à un tapissier de Paris une chambre de tapisserie laine et soie, pour en faire don i un seigneur de la cour du mi de France à Pan8, Deai ans plus tard c est encore un tapissier d'Audenarde qui s'engage a exécuter pour un tapissier de'I\»urnai divers travaux. Kn 1 VJ] Jacques Descamaing emploie de même Pi0tre Van Acfat, tapissier à Louvain (i).
Que prouvent ces transactions fréquentes entre tournaisiens et étrangers, si ce n est l'importance et l'activité d'une industrie dont la réputation était grande et les produits fort recherchés. On se figure volontiers qu'a cette époque du moyen-âge le commerce était peu actif et que chaque ville s'isolant en quelque sorte des autres, produisait par elle-même tous les objets nécessaires à sa consommation. On voit au contraire combien étaient faciles et fréquentes les relations de ville à ville, et les transactions avec des étrangers.
Citons encore quelques œuvres dues à notre indus- trie locale.
En 1 18 1 Jean Lecesne lègue - ung drap de quevech
- ou il y a ung blancq Jhésus en tapisserie. - — Jeanne du Casteler lègue à Béatrice du tlocq - ung
- Jhesus ouvret de broqueteric. . . . n (1496 .
Kn 1489 la ville offrit à Philippe de Cleves, une tapisserie, pour les services qu'il lui avait rendus, ou plutôt qu'elle en attendait.
L'histoire est assez jolie pour que nous en disions un mot. Par suite des démêlés entre le roi de France et le duc île Bourgogne; celui-ci avait fait confisquer «à Bru-
(I) T. Journal ta Prtrost et Jurés, vfi 3326.
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xelles les marchandises de quelques marchands tour- naisiens. Philippe de Clèves s'entremit pour les leur faire restituer sur la promesse qui lui fit la ville de lui donner une tapisserie. Mais plus tard on ne se trouva pas d'accord sur la valeur de cette tapisserie. La ville ne voulait payer que mille francs ou deux cents écus, Philippe de Glèves en exigeait trois cents et menaçait, si on ne donnait pas satisfaction à ses exigences « de r> faire procéder à la prinse et arrêt de plusieurs manans » de ceste ville pour leurs marchandise à Courtrai. - Après plusieurs délibérations, nos magistrats finirent parcéder et nommèrent des délégués chargés de traiter avec le seigneur de Clèves, au mieux des intérêts de la commune et de concéder les trois cents écus s'ils ne pouvaient s'en tirer à moindres Irais. Les négociations avaient duré du 1 1 juin au 27 octobre 14S(J (î).
Comme précédemment cette période d'activité donna lieu à la publication de nombreuses ordonnances sur le métier et la fabrication.
A la demande des hautelisseurs eux-mêmes, les Con- saux portent le 4 août 1472 une première ordonnance.
1. Les femmes et filles de maître pourront seules être reçues dans le métier en qualité d'apprentis. Si elles marient un artisan n'appartenant pas au métier, elles perdent le droit d'en faire partie.
2. La durée de l'apprentissage est portée à quatre ans. Les maîtres ne peuvent avoir qu'un apprenti à la fois.
3. 4 et 5. Tout nouvel apprenti doit être inscrit sur les registres du métier.
(1) T. Consaux vol. 175.
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g DtfenM da travailler la Doit Obligation de teindre de bonnes couleurs les draps d or et de soie
Défense de travailler hors de la juridmtmn de la rflle et obligation de laisser visiter on tout temps les
''TCrnc à payer lors do l'entrée dan. lo métier ,,„;„. ,/àro,. d!- visite des cswars et lesécuuon du
'TSe'do ,„Mior est rendu plus facile pour les
f,^;^-:;!m^do.mnrnlUéctd-hn„ornhmté^
des suppôts du métier.
,, c„n,litions d'admission au métier.
l£. Dimensions à donner aux draps velus, et signes
indiquant leur qualité. 13 QtfenM le travailler pendant les pelées.
1 1 Des cswars du métier.
15. Défense de travailler le jour de sainte Anne , la translation do saint Nicolas ot colu. de
JLicaco dos élises No.ro-l»a * £
Le même collège porte le 5 novembre L476 une pn* ancc défendant a chaque .ravoir plus do quatre métiers ; .1 la complète le o an 1(,r J479 en stipulant que ces mét.ers pourront e Couver dans la maison du mai. re qui les occupe mais dans des chambres à front do rue.
Un difficulté avant surgi entre le. bourgeteurs et ln l lissours d'une part et les telliors d autre par. M iv mont à certaines étoffes que chacun dee deux .nétiers prétondait fabriquer, les Conaaux sont appelés à la trancher. (5 janvier 1478).
{l) 4 août 1.172. Ordonnance fa la chambre .les arts c, méliers T. P. J. n° 12, nn 4232.
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Le 28 novembre 1486 ils font défense de travailler hors de la ville (i).
Le 12 juillet 1496 les Doyens des arts et métiers rendent une ordonnance au profit « du mestier de marcheterie et tapisserie. » Ils réduisent à trois ans la durée de l'apprentissage et permettent à un maître d'avoir deux apprentis en même temps ; ils admettent à la maîtrise quiconque a fait son apprentissage dans une franche ville et élèvent les droits d'entrée ; enfin ils défendent de fabriquer en même temps « de fines estofFes et de flocon, qui est ouvrage frauduleux (?). »
En 1491 les marcheteurs et les tapissiers d'une part, les sargiers et les hautelisseurs d'autre part ont des différends que les mêmes magistrats sont encore appelés à trancher. Nous en reparlerons à l'histoire du métier.
Les tapissiers et les marcheteurs marchaient alors sous la bannière des teinturiers et les hautelisseurs formaient une bannière séparée.
En 1493 mourut à Tournai Pasquier Grenier, un des plus célèbres tapissiers du moyen-âge. Il laissait quatre fils entre lesquels il partagea tous ses patrons de tapisserie (3).
La fabrication, à Tournai était alors dans sa période la plus brillante et la plus prospère. Les magistrats de Bruges invitent nos tapissiers à aller y vendre leurs tentures et leur promettent de réduire pour eux les droits de courtage (1495) (4) ; le magistrat de Tour- nai fait renouveler les tentures qui parent l'hôtel de ville; elles avaient le fond rouge avec un serais d'ai-
(1) Cbambre des arts et métiers, T. n° 4232.
(2) Ibid. P. J. n° 19.
(3) T. son testament empris le 24 juillet 1494. (4, T. Consaux 1495.
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moiries (i); il achète à Jean Grenier pour la chapelle de l'hôtel de ville, « deux cappes de drap d'or à tout orfrois composés à or et argent en tapisserie * (2), et BU 1 197 il fait une commande beaucoup plus impor- tante, six chambres de tapisserie, qu'il offre à Philippe le I ;oau pour obtenir le retrait de la défense qui pro- hibait dans ses états la vente des tapisseries fabriquées I Tournai ,
La môme année, Antoine Grenier, un des fils de Pasquier Grenier, vend au cardinal Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, des tapisseries destinées à son paléis épiscopal, et plus tard [1508) il lui en vend iMimro p«»ur le château de Gaillon, propriété de rarchcvr.jiip.
Colart, ou Nicolas Blovart vend à Philippe le Beau, archiduc d'Autriche, quatre grandes pièces de tapis- serie de laine et de soie à personnages où se trouvait représentée l'Histoire de la condamnation de banquel et de soujter, si populaire au moyen-âge (s).
Le même prinre adieu a .Iran Grenier, fils de Pasquier Grenier, comme Antoine, - une riche tapis-
« série bien richement faite à la manière de Portugal - et de Indie - qu'il lit offrir à nn seigneur de la cour de France.
11 se traita l'année suivante entre les mêmes parties un marché beaucoup plus important. Philippe le Beau se rendant des Pays-Bas en Castille, prend soin de s'approvisionner de lapisseries qu'on ne trouve pas en Espagne, et c'est à Tournai qu'il s'adresse pour cette acquisition. Il achète - pour faire mener avec lui et
(\) T. Comptes cvn-M-anx «In lrr octobre 1497
(2. .tournai «les Prévost et .lurés, T. n° 3326 (1498).
(3) Houdoy, Histoire de II tapi»ene nY hautelisse de Lille, p 141.
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» s'en servir en son voyage d'Espaigne, premiers six y. grandes pièces de tapisserie richement ouvrée de v YHistoire du Banquet, contenant deux cent soixante- r> dix aulnes au prix de xlii sous l'aulne; item une » chambre de tapisserie faite de personnaiges de Vigne- » rons. Item une autre chambre de tapisserie faite de « personnages de Bûcherons.... et six grands tapis » velus de Turquie.. . *>
Le tout fut payé à Jean Grenier la somme énorme de deux mil quatre cent soixante-douze livres.
Clément Sarrasin, non moins fameux dans son art que les Grenier, vend, à la même époque (1501) à Charles du Hautbois, évéque de Tournai, des tapis- series destinées cà recouvrir, selon la mode du temps, les meubles du palais épiscopal, et des tapisseries représentant saint Martin et saint Nicolas que le prélat donna à l'église Saint-Laumer, à Rlois.
Comme on Ta déjà constaté, la grande activité dans la production amène régulièrement une augmen- tation de réglementation, aussi les lois sur la matière furent-elles très abondantes à cette époque où la pro- duction atteignit son plusgrand développement. Toutes ces mesures avaient pour but d'assurer la plus grande perfection possible des produits fabriqués et de les protéger contre les contrefaçons qu'on serait tenté d'en faire, le tout dans l'intérêt de l'acheteur; tandis qu'aux époques de décadence on verra au contraire que la préoccupation constante des magistrats, solli- cités par les gens du métier eux-mêmes, est d'accorder à ceux-ci toutes sortes d'immunités et de faveurs, sou- vent aux dépens du trésor public et par conséquent de la masse des citoyens.
Dans ses belles périodes, l'industrie ne demande
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qu'à être protégée contre la concurrence malhonnête ; dans les périodes de détresse, au contraire, elle ne cesse de réclamer des privilèges et des faveurs.
Une ordonnance du 2i juillet 1499 au profit des hautelisseurs insiste sur la nécessité de marquer les produits et à coté de la marque du maître exige celle de la ville. Il en sera parlé plus loin.
Le septembre d<- la même année, cette ordonnance est complétée par une autre sur la teinture des fils; enfin pour garantir la bonne qualité de leurs marchan- dises, les maîtres n'hésitent pas à prendre la respon- sabilité des fautes que pourraient commettre leurs valets et serviteurs, et les Consaux, à leur demande, proclament cette responsabilité (26 mai 1503).
Lnc autre ordonnance publiée le 1<» mars ir>02 éta- blit un impôt levé au profit du trésor communal sur les lapisseriei fabriquées en ville ou qui y sont amenées, et ce droit est différent selon qu'il s'applique à une des trois catégories de tapisseries suivantes : la 1er espèce, composée de mol il 1 est imposée deux deniers tournois l'aune; la 2°, ou tapisserie à vmage ou personnage, sept deniers ; la 3e, ou tapisserie à or et soie, de même.
Le 2 mai 1503 les Consaux défendent aux haute- lisseurs demeurant à Maire près de Tournai, à l'extré- mité du faubourg de ce nom, de faire apprêter leurs ouvrages en ville.
Le nombre des maîtres s'étaient considérablement accru : pendant la première moitié du XVe siècle, nous en avons rencontré cent vingt environ; pendant la seconde moitié on en compte le double. Les actes divers mentionnent comme artisans dont les noms n'avaient pas encore été relevés précédemment : quatre- vingt-dix hautelisseurs, cinquante marcheteurs, douze baurgeteurs et soixante-dix tapissiers proprement dits.
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L'établissement de nos tapissiers, ou plus exacte- ment alors, de nos hautelisseurs à 1 étranger continuait toujours et les lois portées contre les hérétiques accé- lérèrent dans des proportions inquiétantes pour l'indus- trie locale, ce mouvement d'émigration.
Peu prévoyants et ne consultant que leur intérêt particulier, nos hautelisseurs pour faire obstacle au retour des émigrants demandèrent aux Consaux de décider que ceux « qui vont ouvrer hors perdent la franchise dudit stil » (1500).
Après avoir relaté les grandes ventes de la fin du XVe siècle et des premières années du XVIe, il ne sera pas sans intérêt de pénétrer en quelque sorte dans l'intimité de nos tapissiers et de constater leurs occu- pations journalières, leurs ventes plus modestes, et les relations qu'ils avaient entr'eux.
Le compte d'exécution testamentaire de la veuve d'un tapissier, Jacques de l'Arcq, rendu en 1505, révèle dans son atelier la présence de patrons de tapisserie, en papier; de métiers de tapisserie et leurs accessoires ; enfin une table servant audit métier et un treillis. Jacques de l'Arcq laissait des tapisseries ina- chevées. Elles furent terminées après son trépas et vendues à un marchand de Lyon. Il en avait déjà vendu à un marchand de cette ville, nommé Leuridan qui paya de ce chef 230 livres à ses héritiers. Le vicomte de Gand leur versa au même titre 50 livres, qu'il devait « de reste du plus grant somme, à cause » de tapisserie qu'il avoit achetée — »
D'autre part, chez un haultelicheur, Jehan Cappelier (1505) on trouve des laines, des soies, des fils et des étoffes telles que baudequins, royés, flocons, colora-
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bettes, damassés, trippes, dont nous reparlerons au chapitre III; des métiers et leurs accessoires, verges, lissoirs, navettes; on y voit encore que Cappelier, ven- dait ses marchandises cà Paris, Lyon et Ath... sans compter sa clientèle locale.
Signalons rapidement quelques marchés faits entre tapissiers au commencement du XVI* siècle.
I).' le Haze avait vendu à de Vus une pièce de tapis- serie; eo dernier la lui restitue en échange de trois banquiers de Gand (1505.)
Mais voici un acte plus important et plus curieux. Henry Remont, marchand, demeurant «à Xuvs sous Beaune en Bourgogne reconnaît devoir à Meaulx de Visquere (ou de Viscre) tapissier à Tournai, 17 livres de gros à cause de tapisserie qu'il lui a achetée, et en garantie du paiement de cette somme, il cède à de Viscre une créance qu'il avait sur un marchand de vin de cette ville. 20 novembre 1505 (î). Ce marchand de vin bourguignon achetant nos tapisseries en échange de ses vins n'est pas un cas isolé. On savait que les vins de la Champagne et de la Bourgogne étaient un article de vente courante chez nous; nos tapisseries trouvaient de même dans ces pays une vente facile, comme l'établissent plusieurs actes.
La veuve de Colart Bloyart et son dis Henry recon- naissent une dette envers le trésorier de Notre-Dame au sujet d'une tapisserie que le dit Bloyart devait four- nir et n'avait pas livrée U505) (2).
Jean Poissonnier vend une tapisserie à Arnoul Cou-
sart corneteur (a) (£3 mai 1 507). Jean Flamenq, ci-
(1) Journal fa Prévost , t Jurés, T. a« 3328. (P. J, 23).
(2) Journal «les Prévost et Jurtfs, T. n° 3328.
(3) Ibid.
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devant sergent bâtonnier, vend à Jean de le Barre sayetteur 44 aunes de tapisserie (17 février 1507 (î) — il vend encore 32 aunes de tapisserie à un autre sayetteur, Jean de Flandres, le 25 août 1508 (2). Meaux de Viscre, tapissier, vend à Antoine du Rieu, libraire, une tapisserie pour trois livres' de gros, le 18 septembre 1508 (3).
Nous pourrions encore citer de nombreux actes du même genre, des années 1510, 1512, 1515 et sui- vantes, mais pourquoi nous arrêter plus longtemps à ces détails; des achats beaucoup plus importants solli- citent notre attention.
Nous entrons dans une période particulièrement agitée et intéressante de l'histoire tournaisienne. Du commencement du XVIe siècle à l'année 1521, la ville vécut successivement sous la domination française, anglaise et impériale. Tour à tour elle eut pour sou- verain Louis XII de France, Henri VIII d'Angleterre, puis François Ier et enfin Charles-Quint. Ces change- ments continuels de domination la mirent dans la nécessité de solliciter fréquemment la faveur du sou- verain et de ses officiers auxquels elle fît des cadeaux répétés. L'industrie des tapisseries était trop floris- sante pour qu'on ne s'adressât pas à elle pour ces cadeaux, et par une conséquence toute naturelle elle ressentit les heureux effets de la réclame qui fut ainsi faite à son profit et vit les souverains acheter à leur tour ces belles tentures qu'ils avaient eu l'occasion d'apprécier et d'admirer.
(1) Journal des Prévost et Jurés. T. n° 3328.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
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Parmi les chefs-d'œuvre diïs au premier tiers du XVI" siècle, — citons d'abord les tapisseries de Notre Dame à la cathédrale de Reims et celles de Saint- Remy dans la même ville, deux séries* admirables et hors de pair, que nous croyons pouvoir revendiquer pour nos ateliers (1) et qui ont dû être confectionnées entre 1509 et 1580.
Puis viennent les tapisseries achetées en 1510 à Arnould Poissonnier par l'empereur Maxirnilien I. Huit tentures du triomphe de Jules César ; une chambre « à yttoire de gens et de bestes sauvaiges a la manière de mUeui; - une autre chambre - de toutes choses plai- santes de chant volenc et autrement - le tout payé 1460 livres.
En la même année la ville offre à Me Anthonne le Vistre, conseiller du roi, - une pièche ouvrée d'or et - de soie ou est ti purée l'image de saint Christophe, » livrée par .Jean (1 renier.
Eu 1513 elle fait don à M. de Ponninch, gouverneur de la ville pour le roi Henri VIII. d'une - chambre de * tapisserie ystoriée de la vie de Hercules, * achetée à Clément Sarrasin. On conserve le contrat passé entre la ville et l'habile tapissier pour l'exécution de cette commande. C'est une des pièces les plus curieuses con- cernant le métier. Nous la donnons plus loin aux pièces justificatives 12».
Les Consanx offrirent plus tard une tapisserie au roi Henri VIII lui-même, mais nos archives ne disent pas quel en était le sujet. Elle fut achetée à Arnould Poissonnier (1513).
C'est lui encore qui, la même année, fournit cinq
(1) Videbitar infra.
(2) Pièces justificatives n. 24.
LES TAPISSER.
•4
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pièces de tapisserie représentant le Voyage de Caluce, offertes par la ville à Robert de Wytfel, conseiller du roi, et encore une chambre de tapisserie de Y histoire de Judith présentée au comte de Suiïblk, grand maré- chal de l'armée d'Henri VIII. L'aumônier de ce monar- que fut aussi gratifié de douze pièces de tapisserie, représentant les douze mois de Vannée, achetées à Jean Devenins.
On trouve dans les délibérations de nos magistrats communaux une liste d'une éloquente concision inti- tulée « des tapisseries et aucuns présents qui ont esté » fais de par la ville à plusieurs seigneurs et dames » en 1513 (1) et qui permet de juger ce que coûtèrent cà nos pères les événements qui en cette année les firent passer de la domination française sous la domination anglaise, ainsi que l'importance du tribut de tapisseries payé par Tournai au souverain anglais et à ses conseillers.
Cette liste ne comprend pas la tapisserie offerte au roi lui-même; par contre on y trouve mentionnées des tapisseries données cà madame de Savoye, sœur de Charles-Quint, à l'occasion de la visite qu'elle fit à Tournai au roi d'Angleterre.
Elles sortaient des ateliers de Jean Grenier et sont ainsi décrites dans un inventaire du mobilier de Mar- guerite d'Autriche dressé à Malines le 18 juillet 1516 : « Six pièces de tapisseries, appelée ta cité des dames, » où il y a de la soie, et ont esté données à Madame » par ceulx de la cité de Tournai quand elle y alla r> devers le roi d'Angleterre. »
Mais voici qu'en 1518 Tournai est rendu à la France, et à leur tour plusieurs grands seigneurs fran-
(1) Pièces justificatives n. 26.
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r ais reçoivent (les présents do la cité pour lui être favo- rables. I)o, nouveau aussi c'est «à nos tapissiers qu'on s'adresse pour fournir ces présents.
Monsieur des Loges, gouverneur de la ville pour le roi de France et monsieur de Proisy son conseiller et baillv de Tournai, reçoivent chacun cinq cent francs, monnaie royale, (c'est-à-dire 500 écus d'or) à valoir sur le prix d'une chambre de tapisserie qu'ils ont achetée (1518), et maistre Jehan Hurault, « autrefois besongnant avec M. de Proisy - reçoit 200 écus d'or ou soleil (1510).
En février 1523 (v. st.) les Consaux décident d'otïrir au gouverneur 400 « eus d'or ou soleil ainsi qu'une tapis- serie de 50 livres de gros, et a sa femme - 50 écus d'or ou soleil pour une robe de velours - ; à monsieur de Chastillon, maréchal de France, la ville fait don de huit pièces de tapisserie représentant Y histoire du banquet ^ confectionnées dans les ateliers de Colart de Burbure, sur des modèles fournis par Jean (irenier (1518).
Enfin elle donne à monsieur de la Motte, lieutenant - général du gouverneur, 2'S.\ aunes de tapisserie, coû- tant 850 livres 5 sols, achetée à Adrien Lefebvre, tapissier (16S1).
A coté des tapissiers vivent les hautelisseurs. Leur nombre devient considérable au XVI" siècle, leur métier très florissant ; ils ne nous intéressent cependant que d'une façon secondaire car leurs produits sont dépourvus de caractère artistique. Ils fabriquaient des étoffes excellentes peut-être, mais qui ne ressemblent en rien à des tapisseries.
On conserve quelques pièces provenant des archives de leur métier, qui ont été publiées par Mgr Voisin
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dans les Bulletins de la Société historique et littéraire de Tournai, tome ix.
L'une d'elles qui contient la liste des maîtres et des apprentis reçus dans le métier de 1513 à 1544, signale environ 500 maîtres pour ce court espace de temps (î).
En 1522, les hautelisseurs de Tournai, unis à ceux de Lille demandent aux Consaux d'édicter en leur faveur certaines mesures de protection.
En 1524, on distrait de la Corporation des hautelis- seurs, les savetteurs, qui formeront dorénavant une bannière particulière, tandis que les hautelisseurs avec les sargeurs en formeront une autre.
En 1524, 1527, 1528, 1531, 1533 et 1534 les divers corps de magistrature rendent des ordonnances relatives au métier. Il en sera parlé plus loin.
Les démêlés avec les hautelisseurs des villes voi- sines étaient fréquents. En 1528, ceux de Tournai sont en conflit avec ceux d'Orchies ; en 1531 c'est avec ceux de Douai et les hautelisseurs de Lille se joignent aux nôtres. La contestation avec les hautelisseurs d'Orchies fut terminée par une transaction avenue en 1535 (2). Quant aux hautelisseurs de Roubaix ils furent en lutte presque perpétuelle avec les nôtres.
Le nombre des maîtres et labondance des produits fabriqués s'accrurent tellement qu'on dut en 1534 ouvrir un jour de plus par semaine la maison où étaient
(1) Nos relevés d'après les actes divers n'en donnaient que 250 environ pour les 50 premières années du XVIe siècle. D'où il suit que le chiffre fourni pas les actes divers est an chiffre réel des réceptions des maîtres comme 1 e t à 3; et si cette proportion a été la même pour les périodes précédentes ce que nous ne pouvons affirmer, à défaut de points de comparaison, il faut multiplier par 3 tous les chiffres que nous avons donnés jusqu'ici pour déterminer le nombre vrai des suppôts du métier à une époque déterminée.
(2) T. Pièces diverses à l'appui de comptes, non inventoriées.
scellées les pièces de hautelisses. Dans son exposé des motifs L'ordonnance dit * que le mestier et stil des hau-
- telisseurs serait et est l'un des plus florissant et sutïi- » sant mestier, en augmentation de tous les autres stils » et mestiers de la dite ville, ayant et soutenant plus
- de six cens hostilles ouvraus en icelle ville (1)... *
Revenons aux tapissiers et signalons certains actes relatifs à la vente et à la fabrication des tapisseries, dont nous avons retrouvé la trace dans nos archives locales.
L16 29 novembre \~>'2ïi par devant les Prévost et Jurés, Jean le Vostre, tapisseur, vend à Pierre Pois- sonnier, aussi tapisseur. quatre pièces de tapisserie encore sur les métiers, au prix de trente gros rie ton- dre l'aune (2).
Un acte de 1684 nous montre le même Poissonnier vendant six tapisseries (3).
Kn 1527, à une époque où l'on devait trouver à Tournai des tapisseries en abondance, la ville en achète à Alldenarde; on ne peut cependant conclure de cet achat que Tournai ne fabriquait plus à cette époque, puisque le contraire est manifeste. De même, nous l'avons dit plus liant, on ne pouvait induire de l'achat de tapisseries fait à Arras en 1 102 que Tournai n'en fabriquait pas encore à cette date.
En 1530, Catherine de Mouehin lègue à l'église paroissiale de Saint-Quentin - une pièche de tapisserie
(1) Journal des Prévost et Jurés, T, Inventaire n. 8319
(2) Ibid.
(3) Ibid,
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v figurant le mariage de la glorieuse Vierge Marie à » Joseph (1). »
En 1533 Gilles Pasquier, tapisseur, vend une tapis- serie à Me Jean Godebrie (2).
Celui-ci étant décédé en 1534, on trouve mentionnée à son inventaire une tapisserie, vendue à monsieur de Bellain, qui fut achevée par le même Gilles Pasquier.
Une tapisserie, faite de fils de laine de soie et d'or, représentant YBcce Homo, et conservée à la cathédrale à qui le chanoine Nicolas Pothier la donnée, paraît être de fabrication tournaisienne. C'est une belle œuvre du XVe siècle, rehaussée de broderies au fil d'or.
L'année suivante, par devant notaire, Jean du Moulin tapissier demeurant à Tournai , s'engage envers un chanoine de Reims, à confectionner en fils de laine, de soie et d'or une pièce de tapisserie de la vie de saint Symphorien, dont le patron devait être fait par un peintre de Tournai.
En 1536, il passe un contrat pour la confection de cinq autres pièces de la même série. Elles lui étaient payés à raison de cinquante sols tournois l'aune (3).
Au compte de la ville de 1537, ligure Jean de Rossert (probablement Drosset,) tapissier, pour « cent » deux aunes de tapisserie composée de fillet de » sayette, armoyée des armes de l'empereur, Flandre » et ceste ville pour le prétoire des prevost et jurez au « prix de 40 sous l'aune. » Première mention d'un genre de tapisserie plus industrielle qu'artistique, et que nous rencontrerons fréquemment par la suite.
(1) T. Son testament.
(2) Journal des Prévost et Jurés. T. n. 3319.
(3) Loriquet, les tapisseries de Notre-Dame de Reims, page 194.
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Le même Drosset, fournit cette année une tapisserie à l'église Saint-Piat (i); Jean Martin, tapissier,' en avait vendu une a la mépe église quelques années auparavant.
Jean de Rocotte fournil 184 année de - tapisserie rouge semé des armes de l'empereur et de chastelets de Tournai, - pour la chapelle et le prétoire des Pré- vost et .lurés (2).
Arnould Poissonnier, l'un des plus grands fabricants de tapisserie qui aient été établis à Tournai, étant venu «à mourir, son compte d'exécution testamentaire dressé en 1539 révèle l'importance de ses ateliers et celle do la fabrication tournaisienne à cette date.
Nous aurons l'occasion d'en parler plus loin en détail, c'est pourquoi nous nous bornons cà donner ici un extrait de llnrentaiw qui relate de nombreuses pièces trouvées dans ses magasins.
- Chy sensieult l'inventaire faictede la tapisserie par
- Jehan de le Biecque, sergent des feherins, Jehan
- Mallet, prispur et Jean le Sueur, rlercq en l'an 1522.
- Une histoire du triomphe de Julius César (con- ■ tenant 7 pieches contenant 320 aulnes).
- Aultre histoire d'holoferne, (7 pieches Ml aulnes).
- Aultre histoire de oloferne. (Six pieches 24G aulnes).
- Aultre histoire du .Julius César. (8 pieches 289
- aulnes).
-Aultre histoire de Carvenc(«). (<) pieches 480
- aulnes).
- Aultre histoire de Calcou. pieches 865 aulnes).
- Aultre histoire de Carrabara dit des EgipUens]
- (dix sept pieches 445 aulnes).
(1) Comptes de lVirliso Saint-Piat.
(2) T. Comptes généraux 1538-39.
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r> Aultre histoire de Hercules, (quatre pieches 120 » aulnes).
» (Cinq) aultres pieches de tapisserie (72 aulnes 3 r> quartiers).
» (Trois) aultres pieches de spalliers (66 aulnes).
y> (Deux) « ?» de tapisserie (32 aulnes).
» Cinq prentes et aultres pieches et une aultre r> pieche d'imaige ensemble 69 aunes et demie.
» En rabateaux 45 aulnes.
» Une pieche de verdure de G aulnes.
v Aultre pieche des Martirs de 6 aulnes et demie.
n En plusieurs pièches de coussins 83 aulnes.
» Une table d'autel contenant quatre aulnes et demie.
» Ungrabateau de prentes 3 aulnes.
» Porte la totalle somme de l'inventaire 2871)
» aulnes et ung quartier.
Le reste de l'inventaire abonde en détails précieux sur le nombre et le genre de tentures trouvées à la mortuaire de Poissonnier, son industrie et ses débou- chés. Nous y reviendrons longuement plus loin.
En 1540, René de Nouveaulx et Jacques Pinés, tous deux marchands à Paris viennent s'approvi- sionner de tapisseries à Tournai (i) ; d'autres mar- chands également de Paris font la même année d'im- portants achats chez des hautelisseurs de cette ville (2).
Mgr de Croix fait acheter en 1540, chez Jehan de Cassel, tapissier, 268 aunes de tapisseries au prix de 18 gros l'aune (3).
Deux ans plus t?rd, au décès de Lucq Carlier, tapis-
(1) Journal des Prévost et Jurés. T. n° 3334.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
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sier ei marchand de tapisseries, on constate dans son atelier la présence de plusieurs tapisseries : Yhistmredu Saint-Stn-remcut l exemplaires . YJnsfoirf de Grise ? . des verdures, des patrons, des métiers de tapisserie...
Dix ouvriers sont cités dans le compte pour avoir travaillé a des tapisseries laissées inachevées par le décès de Carlier.
Quatre inventaires de \7>\~> a lôjs mentionnent des pièces de tapisserie trouvées chez ddfl particuliers et Ton sait que Michel de Cambrv, bourgeois de Tournai mort en l.V>| possédait deux pi. •ces de tapisserie à personnages, dont une représentait X histoire des Mochàbéêê*
Enfin, en 1564, lôvéque Charles de Croy fit don à la cathédrale de deux séries de tapisseries dont l'une représentait l'histoire de Jacob et l'autre l'histoire de Joseph. Mlles ont été fabriquées par Jean Martin le jeune, tapissier à Tournai. Deux pièces entières et quelques fragmente de ces tentures existent encore et sont conservées à la cathédrale (p..
Ce sont les dernières œuvres de valeur appartenant à la première moitié du \\T siècle. Elles clôturent la balle période de la fabrication tournaisienne.
A partir de cette date l'industrie des tapisseries Végéta dans notre ville; elle produisit encore quelques pièces intéressantes, mais peu nombreuses, puis dispa- rut en quelque sorte pour faire place a l'industrie des tapit, exercée par les hautelisseurs, et aux produits plus inférieurs encore tels que les étoîïes de laine, de soie et de velours.
(1) VMéb. mfr.i.
L'histoire du métier des tapissiers pendant cette der- nière période est peu fournie. Le seul acte intéressant, qui eut une importance considérable pour de nom- breuses manufactures, mais qui exerça bien peu d'in- fluence sur la fabrication tournaisienne puisqu'il n'entra en vigueur qu'à l'époque où celle-ci était à son déclin, fut le célèbre édit de Charles-Quint sur la fabrication des tapisseries publié en 154 L
Plusieurs années auparavant l'empereur avait or- donné une enquête sur les besoins du métier.
En 1539, il s'était fait remettre par les tapissiers d'Enghien, Audenarde, Bruges et Tournai les ordon- nances réglementant leur corporation.
Puis il écrivit au magistrat de Tournai qui se réunit le 3 mai 1540 pour « entendre la lecture de certaines » lettres missives envoyées auxdits consaulx par la r, majesté impérialle touchant la tapisserie composée » es pays de pardecha afin de y mectre ordre et police r> pour éviter aux habus qui s'y comectent. » L'empe- reur invitait nos magistrats à envover à Bruxelles deux ou trois délégués afin d'arrêter de commun accord avec les commissaires nommes par lui, un règlement général pour toutes les villes des Pays-Bas où l'on fabriquait des tapisseries.
Ces délégués qui furent nommés le 4 mai, étaient Antoine Dauthie et Jacques de Bary, échevins .
L'édit impérial ne fut promulgué que le 26 mai 1544, après quatre années ne pourparlers et de travaux. C'est un monument des plus curieux et des plus inté- ressants pour l'industrie qui nous occupe. Il établit pour elle l'unité de législation dans tous les Pays-Bas,
alors ([lia sur presque toutes les matières, chacune des provinces et même des villes avait sa législation parti- culière. 11 fut comme la codification de toutes les ordonnances et de toutes les coutumes particulières sur les tapisseries, codification faite avec critique, cependant el dans laquelle on n'admit que les pres- criptions dont la pratique et l'expérience avaient démontré l'utilité. Il règle la fabrication et l'emploi des matières premières, les conditions d'admission au métier, les rapports entre maîtres ouvriers et appren- tis, les droits si obligations du métier, les cartons ou patrons, les maïques de fabrique, le courtage des tapisseries, etc , etc.
Revenant un peu en arriére, on trouve en ir>:>(> les tapissiers marehant sous la bannière des teinturiers de wedde et de boullon, avec lesquels ils sont en contesta- tion pour l'élection du doyen. D'autre part les sargeurs forment une autre bannière avec les hautelisseurs. Ceux-ci qui étaient devenus fort nombreux obtiennent en 1637 l'autorisât i» »n d'acheter une maison pour y traiter les atlaires du métier et y établir le scel. Cette maison était située à la rue de Marvis (1).
Diverses ordonnances sont rendues sur le fait du métier : on augmente les droits des eswars pour les visites domiciliaires à faire chez les suppôts du métier; (1538) on règle les conditions dans lesquelles les nou- veaux maîtres devront faire leur chef-d'œuvre (1540).
En la même année les membres du métier décident que la caisse commune n'interviendra plus que pour trois fêtes de la corporation qui sont : l'élection des dignitaires; - quand on tyre l'oiselet dudit mestier; -
(1) T. Consaux «lu 80 novembre lôoT.
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et « la Transfiguration qui est la feste d'icelluy mestier, » et ce aussi longtemps que dureront les pro- cès que le métier soutient entre les sajeteurs et contre la chambre des Doyens des métiers.
Les hautelisseurs tout en restreignant les dépenses de la caisse du métier ne perdaient cependant pas l'occasion de s'amuser. En bons voisins ils allaient chaque année faire à Lille « la feste des folz » orga- nisée par les hautelisseurs de cette ville (1).
Le procès dont les frais privaient le métier de cer- taines de ses récréations, et qui était pendant devant le conseil de Flandre fut sur le point d'être tranché par une transaction. Les hautelisseurs y avaient consenti par une délibération du 29 septembre 1541, mais le 9 octobre suivant ils retirèrent à leurs délégués les pouvoirs qu'ils leur avaient donnés à cette fin. Ils déci- dèrent de plaider de plus belle et pour soutenir les frais de la guerre ils imposèrent une contribution spé- ciale sur chaque outil ou métier (2).
Cette belle ardeur ne dura pas longtemps car le 1er août 1542 ils acceptèrent de soumettre le différend à un arbitrage.
Le 5 janvier suivant ils consentent un nouvel impôt sur chaque métier pour payer les frais de réclamations qu'ils portent au tribunal de l'empereur pour le bien du métier (3).
Le G mai 1543 on décide de frapper chaque pièce de hautelisse d'un droit proportionné à sa qualité et à sa valeur (4).
Au cours de l'année 1544 une grosse difficulté fut
(1) T. Consaux 25 juin 1540.
(2) Prévost et jurés. T. n° 3334.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
soulevée entre les hautelisseurs d'une part, les tein- turiers, les tondeurs et les rappareilleurs d'autre part. Il y eut un long échange de requêtes et de mémoires sans que les parties parvinssent à se mettre d'accord.
Plusieurs nouvelles ordonnances furent portées en 1545, la première sur les ehefs-d'o^uvre, les autres sur la composition du collège des eswardeurs et l'élection de ses membres.
La caisse du métier devait se trouver alors très obérée, car en 1546 pour faire de l'argent on reçut en bloc un grand nombre de maître* qu'on dispensa de toute condition d'âge, d'apprentissage et de chef- dVeuvre, pourvu qu'ils payassent de suite et d'avance, les droits de maîtrise. On exigea seulement des nou- veaux élus qu'ils fussent fils de maître, et il leur fut défendu d'avoir des apprentis avant l'âge de 1 ( > ans. On en reçut ainsi une centaine, dont le plus âgé avait 4S ans, les autres une dizaine d'années en moyenne, les plus jeunes A, '2 et même 1 an et demi! Ces fils de maître élaient censés avoir appris le métier dans l'ate- lier paternel, tel fut le motif de la dispense qu'on leur accorda, car pour tous autres cet apprentissage était strictement exigé et avait une durée de 3 ans (î).
Les hautelisseurs étaient très nombreux à cette époque; dans une requête adressée aux Consaux le (.) octobre 1554, ils se disent plus de huit cent.
La question des eswards ou inspecteurs du métier est encore soulevée en 1555; en 1559, les Consaux défendent d'acheter* pour les revendre, les fillets de sayette et de lin, qui sont indispensables à la fabri- cation des hautelisseurs. Ceux-ci d'ailleurs paraissent avoir été de tout temps fort jaloux de leurs privilèges
(1) T. n» 4232 f° 356. Fonds des arts et métiers.
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et prêts à les défendre par tous les voies de droits, notamment par les voies judiciaires.
Ils plaident en 1561, contre les sayetteurs de Tour- nai ; deux ans plus tard ils procèdent devant le conseil privé du roi à Bruxelles, contre les hautelisseurs champêtres et ils empruntent pour faire face aux frais de ce procès, 300 carolus d'or.
C'est à cette campagne que se rattache la convention conclue entre les hautelisseurs tournaisiens et ceux d'Arras en 1560. Cet acte mal interprêté dans les écrits de l'abbé Proyart et du chanoine Van Drivai sur les tapisseries d'Arras, avait été cité par eux comme relatif à un procès entre les deux corporations et comme établissant la preuve qu'on avait continué à fabriquer des tapisseries à Arras au XVIe siècle ; dou- ble erreur relevée par monsieur A. Guesnon qui cite les pièces originales desquelles il résulte qu'il s'agit dans cette affaire non de tapisseries mais de hautelisses, non d'un procès ou d'une contestation mais d'une alliance conclue entre une quinzaine de villes parmi lesquelles figurent Arras et Tournai, contre les haute- lisseurs des bourgs et villages (î).
Nous avons vu les hautelisseurs s'imposer des con- tributions volontaires pour soutenir en maintes causes, les droits de la corporation. Ils procèdent même contre leurs propres magistrats, pour faire réformer leurs ordonnances dont ils croient avoir à se plaindre (2) mais leur plus grands efforts se tournent contre les
(1) Le dossier relatif à cette affaire repose aux archives municipales d'Arras. Il a été publié en 1863 dans le cartulaire de la commune d'Arras par les soins de monsieur Guesnon. Voir : réplique à l'auteur des tapisseries d'Arras au sujet de sa dernière brochure par A . Guesnon. Lille 1884.
(2) Journal des Prévost et Jurés. T. vol. 3321.
sayetteurs. leurs rivaux et leurs concurrents avec les- quels ils finiront cependant par se confondre.
Les hautclissrors tenaient leurs assemblées géné- rales au cloître de la cathédrale et parfois aussi, depuis qu'ils avaient acquis un local spécial, audit local, rue de Marvis. Ils créèrent, dès 1577 aux frais delà corporation un refuge où furent reçus les membres du métier tombés dans la misère. On l'appelait le refuge OU « recran des hautelisseurs, ■ et il était situé à la rue Barre Saint-Brice (1).
IVu de métiers reçurent autant d'encouragement* et de subsides que celui qui nous occupe et qui fut il est vrai, l'un des plus importants de la ville. Dès 1585, le magistrat subventionne un liautelisseur qui montait les outils du métier. Plus tard on le verra payer des pein- tres pour fournir des dessins à la corporation ; il accor- dera enfin DU subside par chaque outil en activité; toutes mesures qui permirent au métier de se soutenir dans les circonstances difficiles où il se trouva.
L'industrie des hautelisseurs embrassait une grande variété d'étoiles dont on trouvera les noms et la dési- gnation au chapitre III; mais il parait que malgré les règlements du métier et les ordonnances des magis- trats la perfection des ouvrages laissait parfois «à dési- rer ce qui motivait les plaintes de certains marchands étrangers. Pour les engager à mieux faire le Procu- reur général de la ville fit venir de Lille une demi « pieche de tripe de haulteliche tin ouvrage bien taint ■ et accoustré » qu'il leur donna pour modèle, (2) en les engageant à y conformer leurs travaux.
(1) Dans une délibération des Consaui (lor février 1611) il est ques- tion «le l'achat de « cinq demeures gisans en la rue Codeau. paroisse de Saint-Brice » pour ce refuge.
(2) T. Comptes 1590-91.
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Le moyen était un peu naïf, et l'histoire ne dit pas si l'industrieux Procureur général atteignit le résultat qu'il se proposait.
*
¥ *
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les lapis - siers jouent un rôle fort effacé; leurs œuvres deviennent rares et sont bien inférieures au point de vue artis- tique à celles qui les précèdent; sauf quelques essais de restauration dont nous parlerons en leur lieu, la fabri- cation des tapisseries prend de jour en jour une tour- nure plus industrielle.
La distinction si nette au XVe siècle et pendant la première moitié du XVIe siècle, entre les tapisseries et les produits de la hautelisse, s'efface en partie dans cette seconde période; insensiblement et sans qu'on puisse déterminer exactement à quelle date, les tapis- siers reprennent et ajoutent à la fabrication qui leur est propre celle des étoffes de hautelisses, comme ils l'ont fait au début de l'organisation du métier.
En 1565, le 29 avril, les Doyen, Jurés, maistres et suppôts du stil et mestiers des tapissiers adressent une requête aux Consaux. Ils la renouvellent le 24 mars 1566. Nos archives communales en 'men- tionnant ces requêtes ne nous en donnent pas le con- tenu, regrettable lacune car ces actes eussent présenté un grand intérêt en faisant connaître les plaintes et les vœux du métier à l'époque où il se sentait atteint et où il voyait décliner sa prospérité.
Le Ie' juin 1566 ils demandent à être distraits de la branche des teinturiers, retordeurs et filletiers, mais leur requête est rejetée « comme incivible et déraisonnable. »
C'est une des dernières mentions qui soient faites des
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tapissiers, en tant que métier; on rencontrera encore par la suite quelques tapissiers isolés, mais le métier, la corporation disparaît. L'effondrement fut complet : co\u> grande industrie apn-s avoir jeté un vif éclat 86 trouva subitement réduite à fort peu de chose et s'éteignit après une longue agonie à travers tout le XVIIe siècle et jusque vers 1720.
En 1566 la ville voulant oflKr un présent à un seigneur de la cour s'adresse à Arnould Hennocq marchand hautelisseur, cette qualité est à remarquer, qui lui livre un tapis de sayette, mesurant dix aunes un quart.
C'était maigre pour une ville qui avait autrefois donné de si magnifiques tentures aux princes, à leurs ambassadeurs et à leurs conseillers!
Pendant son épiscopat( 1505-1574) Gilbert Doignies, évôque de Tournai, donna à sa cathédrale des tapis- series (î); peut-être les acheta-t-il à Jean des Ruyelles dit Ual.ages.hautelisseurquien 1508 raccommoda vingt huit pièces de tapisseries appartenant a ce prélat (2).
In autre industriel, Jean LefVbvre, qualifié tapis- sier, répare également deux chambres de tapisserie appartenant à Jean Criquélion (1566).
La ville devant offrir lin banquet au seigneur de Noircarmes en 15G0 loue des tapisseries que lui pro- cure Jean Martin, un tapissier; deux ans plus tard elle fait acheter une tapisserie à Audenarde par la veuve de Jean RozerJ dit Martin tapissier, à l'occa- sion de l'arrivée du comte du Rœulx, gouverneur de la ville (3). C'est encore celle-ci qui à partir de 1568,
(1) Voisin. Les tapisseries do la cathédrale.
(2) Fonds de L'Evéohé de Tournai aux archives du royaume, à Bruxelles. Registre 366.
(3) T. Consens, 31 août 1508.
LES TAPISSER. x
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loue chaque année à l'église Saint-Brice les tapisseries nécessaires pour la fête de l'Adoration du Saint- Sacrement (1).
A la même époque Pierre Droset dit Martin, tapis- sier, fournit à la ville plusieurs tapisseries; ce ne sont plus des tentures à personnages mais de simples dra- peries d'ameublement; « vingt huit aunes de tapisserie v rouge contenant par place les armoiries du roy d'Es- » pagne avec plusieurs signes de Tournay y semez » destinées à recouvrir les sièges de la salle échevinale de Saint-Brice (1568); quatre aunes de tapisserie de plusieurs figures de Tournay pour les sièges des Prévost et conseillers (15G9); neuf aunes et un quart de tappis mis sur le banc des Prévost et Jurés (même année) (2).
Les archives de l'église Saint-Piat signalent en 1579 et 1582 deux tapissiers portant le même nom avec les prénoms de Melchoir et Gaspard.
En 1583 et 1592 Jean Casselle et Pierre du Moulin, tous deux tapissiers, fournissent le premier quinze aunes, le second six aunes de tapisseries ornées des armes de la ville, pour couvrir les bancs des greniers.
Dans les dernières années du XVIe siècle, on tenta, à l'aide d'artisans venus du dehors de restaurer cette industrie des tapisseries à Tournai, où on ne rencon- trait plus alors, dit une requête, que deux tapissiers.
Michel Vandebek et Jacques de Cassel, tous deux tapissiers et originaires d'Audenarde, offrirent aux
(1) Comptes de l'église Saint-Brice années 15G8 et suivantes.
(2) T. Comptes généraux.
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magistrats communaux, de venir s'établir à Tournai, moyennant l'obtention de certaines faveurs.
Yandebek fut le premier autorisé à se fixer en ville. Il promettait d'amener avec lui cinq ou six ouvriers et de son côté le magistrat lui garantit la jouissance d'une maison pour le terme de trois ans, 2G mai (1598) (i). Il est encore question de lui en 1601, et dans un acte de 1000, il est dit qu'il travaillait avec sept ouvriers.
Quant à Jacques de Çassel, il demandait des faveurs plus considérables mais s'engageait à s'établir à Tour- nai avec quinze ou vingt ménagers.
La ville lui accorda seulement la dispense de guet et garde et s'engagea à lui procurer une maison dès qu'il justifierait avoir amené quelques ouvriers, (17 no- vembre 1548).
Il s'établit en effet à Tournai et le magistrat lui fit verser annuellement quatre livres de gros, A valoir sur le loyer de la maison qu'il occupait. Plusieurs ouvriers travaillaient avec lui (2).
Sur sa requête présentée le ;.Y> juillet 1005, le magistrat lui continue sa pension, après s'être rendu compte de la situation de sa fabrique, par une visite faite chez lui. Le second procureur de la ville déclare y avoir trouvé « trois hostilles l'une chargée d'une
- grande tapisserie à laquelle travaillaient deux
- ouvriers, et les deux autres chargiés de kaines pour
- faire rabatcaux de cheminées sans estre ouvrées. » En même temps on lui donne le conseil « d'estre
- plus assidu en ses ouvrages de tapisserie. » L'année suivante Yandebek avait quitté Tournai, et
(1) T. Cods.iu x . :*i sa date.
(2) T. Consaux, 31 juillet 1G0I.
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de son côté de Cassel tout en continuant à travailler « s'appliquait fort peu audit stil » à ce qu'il paraît. La tentative faite par les Consaux pour relever la fabri- cation des tapisseries ne produisit donc que peu de résultats.
Nos comptes communaux mentionnent la fourniture faite en 1606, par Jacques de Cassel marchant tapis- sier, « de dix-sept aunes de drap de tapis rouge avecq v des Tournay d'autre couleur qu'il a vendu et livré » pour le prix de six livres dix-sept sols l'aune pour 9» emplire et couvrir deux bancqs au porcq et conclave v de Messieurs les Prévost et Jurés. *
Un tapissier d'Audenarde, Antoine Robins avait fait pour cette fourniture des offres qui ne furent pas accueillies.
De Cassel livra encore en 1609, les tapisseries néces- saires à la décoration de la chapelle de la ville et du conclave des Prévost et Jurés.
Les premières consistaient en trente neuf aunes trois quarts et demi de « tapisserie de fond rouge avecq » des lyons et Tournay entre semez » pour lesquelles il reçut deux cent quatre-vingt-deux livres, trois sous, neuf deniers ; les secondes en « grande quantité de » tapisseries rouges avecq des Tournay et armoiries » de leurs altesses, et celles de la dite ville avecq des » lions rampans » Il reçut de ce chef neuf cent dix- neuf livres, sept sols, six deniers.
L'année suivante il fournit des tentures du même genre pour les Echevinages de la Cité, de Saint-Brice et du Bruille.
« Quatre vingts aulnes de tapisserie rouge portant » les armoiries de leurs altezes, les armes de flandre » et de ceste ville, au prix de vu lb. chacune aulne » caret. »
0,, voil par un document .le 1613 que Jacques de C^o\ ici qualifié haultelicheur, employait comme ^.'.vriers son beau-pere, Pasquier Lemaire et son frère Philippe de Cassel, qui est, lui, appelé tapissier. Le magistrat lui avait prêté - deux hostilles de .ter . lesquels estoient en la grange de la vil o ... -
Au décès de Jacques de Cassel. son frère Philippe lui succéda en qualité de tapisseur de la ville (1010) [»).
N(,s archives communales mentionnent encore un tapieeier qui sans jouir de subventions de la ville parait avoir exercé modestement mais avec certain succès son art. C'est Jacques Descobecq, qualifié auss! quel- ques fois hautelisscur.
Le magistrat lui achète en 1603 une tenture de lit de camp. ,,..r l'offrir an fonse.ller Cambry g agent on cour en 1007 une seconde tenture semblable pool M. de Roblano. trésorier-général des finances, et en lCcT. deux lapis ,1e table de diverses couleurs.
On fabriquait fort peu à cette époque, mais la ville, lea marchanda e< même beaucoup de particuliers,
conservaient dans leurs magasins bon nombre de
^^'nnauguration des archiducs Albert et Isa- belle (1600) les estrades et le théâtre où leurs Altesses prêtèrent serment en étaient couverts.
La ville en avait en réserve dans son garde-meuble; elle' les employai! a décorer les monuments publics dans les circons.ances solennelles ; elle en donna par- fois à certains personnages et en prêta même a des
(1) T. Consaux du 20 décembre 1616.
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particuliers qui célébraient jdes fêtes de famille (1).
En 1625 la ville voulait offrir une tapisserie à M. de Cronendale. Elle en choisit une chez un marchand et décida d'y faire apposer les armes du donataire. Mais « pour ce faire, conviendrait faire grandes mises r> (dépenses) pour dresser un harnas exprès à cest efFect « seulement, « on y renonça et au lieu d'acheter une tapisserie neuve on décida de « luy envoyer le tapis de v réserve estant en la tour des Six (2). »
Les églises étaient abondamment fournies de tapis- series, ce qui ne les empêchait pas, dans les circons- tances solennelles, d'en louer encore pour la décoration du sanctuaire.
Les comptes de l'église Saint-Brice nous montrent cette paroisse empruntant chaque année, à l'occasion de l'octave du Saint-Sacrement, des tapisseries aux particuliers et en louant chez les marchands.
Lors des fêtes publiques les façades des maisons en étaient couvertes. Cette mode a persisté plus longtemps peut-être qu'ailleurs, à Tournai, où pendant la pre- mière moitié de ce siècle on suspendait encore des tapisseries devant les portes des maisons, au passage des processions. On peut voir dans certaines façades les crochets destinés à les recevoir.
En 1627, noble Dame Anne Marie de Lannoy veuve de Messire Jean de Henin-Liétart, lègue à l'église Saint-Piat une tenture de tapisserie en huit pièces.
(1) De la veuve Gilles de Bachv qui requiert vouloir lui accorder en prêt la tapisserie de la ville pour s'en servir durant le banquet nuptial de sa fille Franchoise, avecq Damas. On est d'assens d'accorder à ladite veuve -de Backy son requis. (T. Consaux 16 avril 1602).
(2; T. Consaux du 9 septembre 1625.
En 1G31 , le comte de Vertain, gouverneur de Tournai, donne aux Dominicains une tapisserie repré- sentant l'assomption et le couronnement de la Vierge, que conserve le musée de la ville, et qui très proba- blement fut confectionnée à Tournai (i).
En 1(>^.">, un tapissier de Bruxelles, Jacques du (las! in (f) offre aux magistrats de se fixer à Tournai avec sa famille et des ouvriers (2); en la même année un tapissier tournaisicn, Pierre Tatté demande ûYétre reni - tapissier de la ville... comme autrefois a été Casselle. - Il lui est répondu : « La ville n'a pas besoing d'un tapissier (3). »
C'est ce même artisan qu'on rencontre plus tard (1638 et 1G44), réparant des tapisseries de la ville avec un autre tapissier du même nom, sans doute son parent, Claude Tatté.
Il est encore employé à la môme besogne en 1052 (4).
Cependant les Consaux craignant de voir disparaître cette industrie, qui avait faite la gloire de Tournai, tentèrent de nouveau de la restaurer, comme ils l'avaient fait quelque cinquante ans auparavant.
Ils entrèrent en pourparlers avec François Panne- tûaker, maître tapissier de Bruxelles, et s'engagèrent
(1) Bulletin de la Société hist. et litt. do Tournai, tome 22, p. 303. Note do M. do l:i Grande.
(2) T. Consaux du 31 juillet.
(3) Ibici . , 1 1 décembre.
(4) Vers le même temps, la confrérie de Notre-Dame de Bonsecours, a Saint-Bricc, se fournit dos tapisseries à Audenarde. Elle achète trois pièces en 1066, une en 1668, deux en 1 672 et trois en 1674. — Deux de ces tentures existent encore aujourd'hui.
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à lui payer une pension annuelle de cent patagons pen- dant six ans, s'il voulait se fixer à Tournai.
Pannemaker accepta, s'établit en cette ville, et y travailla à partir de 1671 (1).
A la même époque les Consaux traitèrent encore avec Jean Œdins, maître tapissier d'Enghien. Par convention en date du 16 mars, ils s'engagent à lui fournir pendant six ans une pension annuelle de 240 florins (2) au cas où il s'établirait en cette ville. CEdins s'y transporta aussitôt avec sa femme, ses enfants et huit ouvriers.
Avec Œdins on vit se rouvrir un atelier de véritables tapisseries. C'est chez lui que fut confectionnée la tapisserie que le magistrat offrit en 1675 au gouver- neur de la ville, M. de Saint-Sandoux (3).
En 1677 il offre ses services aux mayeur et éche- vins pour confectionner les tentures destinées à leur salle d'audience, qui devaient être semblables «à celles delà halle des prévost et jurés, « des tapisseries par- » semés de fleurs de lys. » Il fut chargé de leur exécu- tion (4).
En cette année la ville cesse de lui payer une pen- sion annuelle, mais elle le dispense, pour 6 ans, du logement des gens de guerre, de guet et de garde.
La fabrique ne marchait qu'à moitié, Œdins se plai- gnant beaucoup de la rareté des affaires, et la ville se plaignant de son côté, du peu d'activité du fabricant.
Celui-ci mourut la même année. Sa veuve continua la fabrique, avec ses enfants et les ouvriers qu'avait
(1) T. Consaux des "22 mai et 5 juin 1674.
(2) Ibid. , 4 mai 1677. (Pinchart fait de Pannemaker et d'Œdins un seul et même homme.)
(3) T. Consaux du 19 février 1675.
(4) T. Comptes généraux de 1677-78.
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formas son mari. Ktiennc Œdins, un do ses fils, reçut plus fard [1687) une pension de la fille, à laquelle il fit plusieurs fournitures. Il avait six métiers dans ses ateliers et des ouvriers exercés. Il produisit des ouvra- ges de laine et de soie, sans doute des verdures (i).
Une requête de lf>XX, qu'il adressa aux magistrats communaux pour obtenir une augmentation de pension donne de curieux détails sur sa fabrique située à La rue de Peut. Il se vante d'être en mesure de « contenir
- la noblesse et même le public, ayant le remontrant
- eu l'honneur de livrer quelques pièces de prix aux
- personnes de qualité et serait encore en état de ce
- faire, s'il n'avait épuisé les deniers de sa bourse par
* lachapt de quantité de soies et sayettes, montement » d'outils, paiement de travailleurs et principalement
* pour les dessins... - il ajoute qu'il emploie en ce moment 15 ouvriers (2). Malgré les bonnes raisons qu'il alléguait pour obtenir de nouvelles faveurs, la ville ne consentit pas a augmenter les avantages qu'elle lui faisait, et sa demande réitérée en 1001 ne reçut pas un meilleur accueil que la précédente.
Œdinscst le premier «à Tournai qui ait qualifié sa fabrique du nom de manufacture de tapisseries. C'est ainsi qu'il l'appelle déjà en ICi'.U, et plus tard en 1G97 il l'appelle manufacture royale.
A cette époque notre tapissier s'il faut l'en croire (s), avait une fort belle clientèle parmi laquelle il cite le marquis de Vignacourt, l'abbé de Clermont, M. de Pont- marin lieutenant du roi à Douai, l'église Saint-Jean et l'avocat Panard à Saint-Omer.
o
(1) T. Consaox.
(2) [bld., 23 mars 1688.
(3) [bld., 23 avril 1697.
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Pendant un voyage qu'il fit dans cette dernière ville, sa femme quitta, paraît-il, le domicile conjugal, empor- tant avec elle les meubles, l'argent et même une partie des marchandises, laines et soies.
La fin des aventures de notre tapissier ne nous est pas connue; à partir de 1G97 on perd sa trace.
En même temps qu'Œdins père, un autre tapissier, Behagle, demeurant à Tournai, proposa aux magis- trats d'établir en cette ville une « manufacture de v tapisseries d'hautelisse des plus fines et exquises y> qu'il s'en fabrique dans les Pays-Bas. »
Sa demande fut accueillie favorablement, et par contrat en date du 30 juillet 1G78 il obtint de la ville une pension annuelle de deux cents écus qu'on lui garantit pour le terme de six ans. Sa fabrique devait être de quelqu'importance, car il employait, à ce qu'il déclare lui-même, cinquante ouvriers (1).
A l'expiration de la période pour laquelle il s'était engagé, (1GS4) il sollicita une augmentation de pen- sion et le refus qu'il éprouva le décida à s'expatrier pour aller s'établir à Bauvais. Ce fut une perte fort regrettable pour Tournai car Behagle était un homme de talent qui serait arrivé .à donner à l'industrie qu'il dirigeait une importance véritable. M. Mùntz en par- lant de lui s'exprime comme suit : * La manufacture " de Beauvais ne prit son essor que sous l'habile y> direction du tapissier tournaisien Philippe Behagle, » à partir de 1684... (2). »
Mais Behagle avait, paraît-il, l'humeur changeante,
(1) T. Consaux, 14 novembre 1679.
(2) La tapisserie p. 284.
car en 1704, il quitta Boauvais comme vingt ans aupa- ravant il avait quitté Tournai (1).
Après Bchaglc, un tapissier d'Audenarde, François Baert vient s'établir à Tournai où il obtient l'habita- tion gratuite d'une maison (t). L'année suivante il marchait avec cinq métiers et se disposait à en monter encore cinq autres.
Quelques années plus tard (1097) nos registres men- tionnent Joannes Baert; c'est le même homme, san s doute, avec un autre prénom, comme cela arrivait sou- vent, car il déclare qu'il habite Tournai depuis environ six ans. 11 se qualifie enfre/jreneur de 1" manu. facture des ta/nssrries à la façon dFAudenarde, ce qui indique un établissement d'une certaine importance. En 1699, il se vante de foire marcher dix métiers avec une trentaine d'hommes et d'avoir des commandes impor- tantes à exécuter. 11 demande à la ville un prêt d'ar- gent et otïre en gage deux tapisseries.
La ville lui avait acheté précédemment (1093), « quatre petites pièces de tapisserie à usaige de fau-
- teuils, qui ont été présentés à M"10 la maréchalle
- de Boufflers, à sa première venue en la ville de
- Lille (3). »
On le voit faire encore d'autres ventes du même genre à Tournai et à Lille, puis à Bruxelles et à Audenarde. Kn 1697 il raccommode les tapisseries de ta ville.
En 1700 il est à la tête de vingt-deux métiers tra- vaillant la laine et la soie.
(1) Ibid
(2) T. Connu», 24 avril 100-2.
(3) T. Comptes généraux 1G93-94. Elles ont été payées 180 florins.
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Ses ateliers étaient bien organisés. Il avait établi entre ses ouvriers une caisse de prévoyance en faveur de ceux d'entr'eux qui devenaient malades et de leurs femmes. Ses deux fils l'aidaient et travaillaient sous sa direction.
Cependant la manufacture ne fit pas de brillantes affaires et en 1707 le nombre des métiers descendit à huit.
Baert cependant affirmait sans cesse sa confiance dans l'avenir, comme l'indique une requête qu'il adresse à cette époque aux Consaux. Il a fait un contrat avec quatre personnes de Paris, dit-il, pour une commande très importante. Il espère trouver des débouchés en Hollande. Ses produits sont recherchés et sont bien supérieurs à ceux d'Àudenarde qu'il qualifie de tapis- series communes. Baert sollicita souvent des avances de la ville à qui il remit plusieurs fois en gage des produits de sa fabrication. Celle-ci détenait à ce titre en 1710 deux pièces de tapisserie et deux garnitures de fauteuil également en tapisserie.
L'année suivante Baert était dans la plus fâcheuse position. Il partit avec sa femme à Paris pour chercher un nouvel établissement laissant à Tournai ses enfants sous la garde de son fils aîné, Jean.
Celui-ci obtint des Consaux une pension annuelle de deux cents florins à condition d'avoir au moins trois métiers travaillant.
Baert père toucha une pension jusqu'en 1709 et Baert fils jusqu'en 1712, époque où on la lui supprima, vu qu'il ne faisait plus travailler, dit une délibération du magistrat. On retrouve cependant le père en 1718, sollicitant de nouvelles faveurs de la ville et déclarant qu'il « a dessein de pousser cette affaire plus que jamais. »
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I)'après M. fiuilfrev (n Baert se fixa dès 1711 a Torcy, près de Paris, où il établit une manufacture de tapisserie. Son établissement à Torcy semble coïn- cider avec l'absence qu'il fit de Tournai à la même époque. N'ayant pas réussi dans cette dernière entre- prise il revint sans doute alors à Tournai, où nous l'avons retrouvé en 1718, et de là seulement passa à Cambrai. Sa présence dans cette dernière ville est constatée on 17^1. Avant de Rétablir à Tournai, Baert avait été successivement à Audenarde et à Lille.
On conserve à Amsterdam, au Rykfl Muséum plu- sieurs pièces de tapisseries, grandes verdures, portant la marque d'Amsterdam et la signature Baert, qui sont attribuées à Alexandre Baert, un frère ou un fils de notre tapissier.
La fin du XVII* siècle et le commencement du XVI II" ne furent donc pas improductifs au point de vue de l'industrie qui nous occupe.
Pannemaker, Œdins, Behagle et Baert dirigèrent Successivement des ateliers qui pendant une cinquan- taine d'années eurent une certaine importance et produisirent un assez grand nombre de véritables tapisseries (2).
La fabrication des étolïes de hautes-lisses continua, au commencement du XVII* siècle k être très floris- sante à Tournai ; à coté des pièces de soie, de laine et de coton, unies ou damassées, on voit apparaître des produits fabriqués concurremment avec elles par les
(1) Histoire <le la tapisserie, pape 369, 383 et suivantes.
(2) On les retrouvera en particulier parmi les tapisseries à person- nages trop généralement attribuées à Lille et les verdures que sans hésitation jusqu'ici on a toujours considérées comme étant d'Audenarde.
hautelisseurs, qui sans être des tapisseries dans le sens relevé du mot, sont cependant supérieurs aux simples tentures ou draperies, et dont la fabrication relève tout à la fois de l'art du tapissier et du métier du tisserand. On les désigne à cette époque sous le nom de tapis de hautes-lisses; c'est ce que nous appelons aujourd'hui des tapis de table et des tapis de pied.
Souvent on les a confondus avec les tapisseries proprement dites, bien qu'ils en diffèrent sensiblement. Dans les tapisseries, l'artiste trace sur la chaîne le dessin à reproduire et l'exécute à la main avec une grande liberté, ce qui donne à son travail le mérite d'une œuvre originale ; dans les tapis dont nous allons parler, au contraire, le dessin est arrêté et tracé sans l'intervention de l'ouvrier, qui le répète et le reproduit mécaniquement. Les tapis de hautes-lisses sont des étoffes tissées à la main et non plus comme les tapis- series, des tentures composées à la main sur un modèle interprété librement par l'artisan.
L'aspect de ces derniers produits rappelle fort celui des tapisseries mais ils sont l'œuvre des hautelisseurs ou des sayetteurs, et non des tapissiers.
Signalons quelques pièces de la nouvelle fabrication qui prirent dans le commerce le nom d'ouvrages ou dCestoffes de Tournai).
Nous avons déjà parlé des deux tentures de lit de camp faites par Jacques Descobecq et qui appartien- nent à cette catégorie.
En 1609 un ouvrier d'étoffes damassées, Antoine de Lauwe offrit en vente aux Consaux « un tapis de » table mignardement façonné de soie orangée et « violette auquel estoient représentées les armoiries » du roi d'Espagne avec celles de cette ville aux quatre
r> coins, et les effigies de saint Eleuthère et de saint n Piat patrons de Tournai, et autres figures délica- » tement élabourées (1). »
On le lui acheta pour l'offrir à la comtesse de Solre, qui résidait alors à Tourcoing (2).
La même année, la ville avait également offert à la princesse d'Aremberg « une tenture de lit des ouvrages » de Tournai, meslée de soye et de sayette m — et à la comtesse de Fontcnoy, « un grand tapis de table * a branchages vers en champ noir composé en tissu » de sayette et de soie ; une pièce de quarante-cinq ■ aunes à branchages blancs à fond incarnadin, et 1 une autre pièce de quarante-cinq aunes à fleurettes - orangées à fond bleu, toutes trois de soie et sayettes > meslées, ouvrages de Tournai. -
Et l'écrivain qui relate ces dons ajoute ce détail pré- cieux pour l'industrie tournaisienne, à cette époque :
« Nous luy eussions bien fait plus riche présent » mais celui-ci fut jugé plus propre, comme étant r> manufacturé de la ville qui le lui donnait (3). 0
En 1613, Antoine Calme livre à la ville « ung verd » tapis de table d'ouvraige de haulte-lisse » pour la salle des mayeur et échevins.
En 1G15 Simon Bedoret, hautelisseur, fabrique * des » ouvrages nouveaux de hautelisse qu'il a inventé et n qu'on appelle tapis sandre » l'année suivante la ville lui accorde une gratification de cent florins pour sa nouvelle invention de « tapis a la guise et fachon de tapisserie (4). »
(1) Mémoires d'échevin do Tournai par Philippe de Hurges.
(2) Ce présent ne lui fut remis qu'en 1614. (Consaux 17 juin 1614).
(3) Mémoires d'échevin de Tournai.
(4) T. Consaux 18 juillet 1615 et 17 mai 1616.
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En 1618 et 1620 la ville ayant des présents à faire, offre des tapis et une tenture de lit de camp.
En 1636 la châtellenie de Furnes fait acheter à Tournai trois tapis de table, dont deux ont été con- servés, spécimens précieux d'un genre de tissu fabriqué sur nos métiers à cette époque. Nous en reparlerons plus loin.
C'est encore un tapis de table qu'offre le magistrat à la femme du gouverneur du château, en 1642. On y avait fait placer ses armoiries en or et en argent (î).
Un inventaire de 1654 dressé à Enghien mentionne « un tapis velu de Tournai, de fond vert ; - « une table couverte d'un tapis velu de Tournai, le fond bleu (2). »
Un autre inventaire de 1675 renferme des pièces de même espèce « ung couvert de table d'estoffe de » Tournay verd travaillé avec des oiseaulx et Heurs
» de jaulne couleurs ung grand tapis de table
» d'estoffe de Tournay avec des Heurs rouge et bleu (3). »
Le grand tapis de table aux armes du tournaisis, sur fond bleu avec guirlandes de lleurs, conservé aujourd'hui au palais de Justice de Tournai et qui pro- vient de l'ancien palais des Etats du Tournaisis appar- tient à ce dernier genre de fabrication.
En 1684, Jean Duquesne, hautelisseur, invente
« une espèce de tapisserie où il entre diversité de
» figures » à usage de tenture de lit et sollicite des magistrats une sorte de brevet d'invention (4).
Ce Jean Duquesne est-il le même qui en 1694 pro- posa aux magistrats de Gand d'établir en cette ville
(1) T. Consaux 20 mai et octobre 1642.
(2) E. Mathieu. L'ameublement de la veuve d'un bailli d'Enghien.
(3) Inventaire des meubles de l'hôtel de Bergheyck à Bruxelles en 1675.
(4) T. Consaux 3 octobre 1684.
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une ■ teinturerie et une manufacture de tapis d'un » genre tout à fait nouveau (1)? »
André Ouquesne, le jeune, un autre hautelisseur fabriquait - des ouvrages de carpette, moucade, point - d'Hongrie - qu'il dérlare une invention nouvelle, et qui nous paraissent être les premiers essais de tapis de pied, faits à Tournai (2).
Quant à l'histoire du métier, elle est peu accidentée pendant nette période.
En 1611 on retrouve les hautelisseurs composant une môme bannière avec les tisserands de toile et les lilleti'Ts; les savetteurs formaient une seule branche avec les hautelisseurs, ce qui amenait entr eux de fré- quentes contestations. Ils furent ensuite séparés. En 1627 on trouve sous des bannières distinctes — les teinturiers et tapisseurs — les sayetteurs — les haute- lisseurs ; et cette division se maintint par la suite.
En 1G24 les hautelisseurs firent codifier les ordon- nances qui régissaient leur métier, par les soins du conseiller du métier, Me Léon Duquesne. Nous aurons l'occasion de citer de nombreux extraits de ce travail dans les chapitres suivants.
L'élection «les officiers du métier avait donné lieu fréquemment à des difficultés qui furent portées jusqu'au tribunal des Archiducs. Ceux-ci rendirent en 1621 un décret traçant les formes suivant lesquelles se feraient à l'avenir lesdites élections (3).
(1 ) Messager des sciences historiques 1888, page 476.
(2) T. Consaux. 5 mars 1686. et jours suivants.
(3) Voir plus loin, page 104.
LES TAPISSER.
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Le plus ancien registre relatant les assemblées du métier remonte à 1669. Il ne fournit guère de détails intéressants.
En 1671, le magistrat paie 240 florins à Antoine Ternois, maître hautelisseur, pour l'indemniser des frais qu'il a faits pour établir en cette villle des métiers à faire baracans.
Un peu plus tard, 1688, ce sont Jean Fourré et Roland Odolf, qui, ayant été apprendre à l'étranger la fabrication des pannes, étoffes de velours qu'on ne fabriquait pas à Tournai, demandent un subside pour y établir cette industrie.
Dès 1693, la ville paie une pension à un artiste sculpteur et dessinateur, Jacques Foucquet, qui four- nissait des modèles aux liautelisseurs pour la fabrica- tion des moucades, carpettes, damas et autres étoffes fleuragées....
Il faisait encore des dessins pour la tapisserie de basses-lisses, dite d'Audenarde, la broderie, point à l'aiguille et dentelle... (î).
Foucquet fut pensionné jusqu'à l'époque de sa mort, arrivée en 1722. Son fils, Valentin Foucquet, lui suc- céda. André Brébar, un autre sculpteur fournit aussi des modèles aux hautolisseurs.
Vers la fin du siècle, le métier était fort en déca- dence, ainsi qu'il résulte d'une déclaration faite par le Doyen en 1696, où il est dit qu'il ne comptait que cin- quante maîtres et vingt apprentis. Il était administré
(l) T. Consaux, 20 janvier 1693. Voir : de la Grange et Cloquet, l'art à Tournai. Tome 1, page 228.
par un doyen et un sous-doyen, deux jurés, deux commis et dix esgards (1).
Comme leurs prédécesseurs du XVI6 siècle, un bon nombre de hautelisseurs émigrèrent au XY1II siècle et allèrent chercher au dehors du travail que la déca- dence de l'industrie à Tournai ne leur permettait plus d'y trouver.
Pour soutenir la corporation, les Consaux résolu- rent de lui accorder un subside annuel, calculé à raison de 20 patars par métier travaillant.
En 1701, elle reçut :>15 florins, ce qui représente le même nombre d'outils (2). En 1715 on en comptait 15:3, et pour chacun d'eux la ville paya 10 patars, au lieu de 20 comme précédemment ; en 1717, 128 outils seulement et 90 en 1720. En 1738 on si- gnale 207 métiers pour chacun desquels il est payé 50 patars.
La ville payait encore un artisan Pierre Lherbier chargé de - monter les ouvrages des hautelisseurs - tant en mouvement des vieux desseins que nou- » veaux... (3). 9 Le même fournissait les plombs des- tinés à marquer les ouvrages de hautelisses.
Le chef-d œuvre d'un hautelisseur en 17 10 consistait à faire un tapis en sandré.
En 1750 deux marchands hautelisseurs, Louis Ver- dure et François Sellier établissent une manufacture de cordons. Il leur est accordé une gratification annuelle de deux pistoles par métier. Ils en tenaient douze en 1757.
Les hautelisseurs tentent de nouveaux efforts pour
(1) Registre des assemblées des hautelisseurs, T. n° 4272, f. 5i,
(2) Le florin valant 20 patars.
(3) T. Comptes généraux 1708-1709 et suiv.
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relever leur industrie. Malgré le concours actif du magistrat, ils n'y parviennent guère.
Ils sont en 1774 réunis aux tisserands et aux sayetteurs et on les autorise tous trois à faire concur- remment les ouvrages des trois métiers.
Un nouveau règlement est porté en 1775 et encore un autre en 1790, mais toutes ces mesures ne réussi- rent pas à relever une industrie qui s'éteignait.
★
Jetons maintenant un coup d'œil sur les dernières mentions que nous possédions relativement à des tapis- series proprement dites.
Après Pannemaker, Œdins, Behagle et Baert, on ne connaît plus de tapissier qui aurait certainement fabriqué à Tournai.
C'est à l'un de ces maîtres qu'appartenait très vrai- semblablement la tapisserie donnée en gage à la ville et qu'elle acquit en 1G79, pour garnir la salle de l'éche- vinage (î). En 1683, Jacques Dernicourt tapissier, visite, nettoie, raccommode et retend les tapisseries de la salle d'honneur de l'hôtel de ville, dite la belle salle.
Plusieurs fois, au lieu d'acheter des tapisseries, la ville en loue pour meubler les appartements de haut fonctionnaires dont elle reçoit la visite. Ainsi fait-elle en 1690 pour MM. de Calvo et ia Villette ; en 1694 pour le marquis de Monrevel ; en 1699 pour la déco- ration des estrades élevées sur la grand'place à l'occa- sion de la publication de la paix entre la France, l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande.
(1) T. Consaux. Volume 223, f° 156.
On vit sur le théâtre « un dais tendu de tapisseries » d'hautelisse à grands personnages, » précieuse épave de la fabrication de la belle époque, des tapisseries de verdures et des tapis de Turquie (1).
En 1700, un maître tapisseur nommé Baron res- taure les tapisseries de la ville. Il fut aussi employé par le chapitre de la cathédrale.
En 1707 la ville achète une tapisserie d'occasion à la mortuaire de la veuve du Procureur Simon, « pour » s'en servir dans les occasions pour les logements des r> généraux et par là éviter d'en louer à cher coût. »
N. Delraarle et plus tard Jean Lohée et N. Sauvage tapissiers, jouirent dos - ga<_res, honneurs, profit, et émoluments * attachés a la qualité de tapissiers de la ville. En 1727, Guillaume Jamart, dit Baron, leur succéda. Ce tapissier, est-il le même que Baron qui, en 17(K). travail lait déjà pour la ville?
En 1732, Joseph Lambert nettoie de nouveau les tapisseries de la halle. C'est la dernière mention qui en soit faite.
Les particuliers possédaient à cette époque un grand nombre de tapisseries, que font connaître les inven- taires contemporains en des termes malheureusement trop laconiques. On sait d'ailleurs la grande quantité de tapisseries qu'on trouvait encore au commencement du XIXe siècle dans les maisons de cette ville d'où elles ont malheureusement presque toutes disparu.
Signalons seulement quelques pièces : une tapisserie contenant l'histoire de Samson, — un tapis de mou- cade, ouvrage de Tournai, — une grande tenture de hachement d'Italie. (Inventaire d'Aubermont 1633). Six coussins dont quatre de tapisserie, — cinq pièces
(U Registre de cuir noir, n° 39, f. 279.
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de tapisserie de l'histoire d'Abraham — deux autres petites pièces de tapisserie. (Inventaire d'Ayemberghe 1636). Cinq pièces de tapisserie de feuillage. (Inven- taire de Nédonchel 1636) (î).
En 1675 on rencontre pour la première fois à Tour- nai le mot tapissier dans son sens actuel et usuel de tapissier-garnissa ir.
François Desnoyers, tapissier, domestique de Mon- seigneur l'évêque de Tournai, expose dans une requête adressée aux Consaux - que dans cette ville de Tour- » nay il n'y a nul mestier qui fasse profession expresse » et spéciale de s'occuper à ce qui compose le sien, qui r consiste à faire des licts de toutes sortes avec les » choses nécessaires pour les garnitures d'iceux, comme » sont contre-pointes, couvertures piquées, matelas, y» licts de plumes, etc., accommoder, garnir, nettoyer - et raccommoder les tapisseries, faire sièges garnies » de toutes façons et travailler à toutes sortes d'ameu- n blement de maisons, comme aussy faire des pavillons » tentes de licts de camp de toutes les façons.
» C'est pourquoi le suppliant a recours a vous, Mes- « sieurs qu'il vous plaise de luy permettre de travailler « de son dit mestier librement et sans opposition pour » tous ceux de la dite ville qui se voudront fournir de » lui, tant ainsi que font ceux du stii des tapissiers, à » Paris, et dans les autres bonnes villes du royaume. »
Sa demande est accueillie dans les termes suivants :
« On est d'assens de permettre par provision au
(1 ) Extraits d'un manuscrit contenant des inventaires et procès-verbaux de ventes de meubles de chanoines, appartenant à Mr. E. Desmazières.
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- supliant ce qu'il requiert, puisqu'il y va de l'utilité
- publique et que la fonction qu'il prétend ne se trouve r> dépendre de quelque stil particulier, et qu'il n'y a » personne qui l'exerce présentement (1 . -
En 1682, semblable requête de Paul Tison, né à Paris, qui se qualifie également tapissier et énumère comme suit les travaux auxquels il se livre : faire
- des tentes, des Mets de toute sorte de manière, pavil-
- Ions a la romaine et pavillons à la queue, garniture
- de chaises et autres choses servantes a l'ameublement
- d une grande maison, ensemble matelas, couvertures » piquez soit de taffetas, satin, ou autres estoffes.... -
Sa requête fut communiquée aux tisserands, cou- turiers et chaussetiers, et - considéré que l'exercice
- que prétend faire le suppliant est mixte sans estre
- absolument de l'un ni l'autre desdits stils et que ce
- qu'il exerce est chose nouvelle, » on l'autorise à exercer sa profession à Tournai (2),
En 1742, (Guillaume-François Josson, « maitre » tapissier en fond pour chaise, fauteuil, tapis, raccom- n modeur, retresseur en tout ce qui regarde tapisse-
- ries.... - appartient au même groupe de travailleurs. C'est d'eux que parle le mémoire de la Chambre des arts et métiers du 2 octobre 1775 qui les appelle tail- leurs-tapissiers, nom qui parait très juste puisqu'ils taillent les étoffes d'ameublement, à la manière des tailleurs d'habits bien plus qu'ils ne façonnent des tapisseries k la manière des tapissiers.
(1) T. Consaux 18 juin 1675.
(2) T. Consaux, 10 mars et 28 avril 1682.
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*
Vers 1750 et même antérieurement à cette date, un hautelisseur nommé Favrot fonda, avec le concours de Guillaume Delescolle aussi hautelisseur, originaire de l'Artois, une petite fabrique de camelots qui prospéra en peu de temps. Delescolle étant venu à mourir, son fils Nicolas reprit toute l'affaire pour son compte moyennant une indemnité qu'il paya à Favrot et s'associa à son tour dès 1756 avec Piat Lefebvre, son gendre, et Jean Caters, tous deux de Tournai (î).
Tels furent les modestes débuts de ce qui devait devenir plus tard la grande et célèbre manufacture royale de tapis de Tournai.
L'alFaire marchant bien, les associés résolurent de lui donner plus d'extension; ils acquirent d'abord une maison située près de l'église Saint-Jacques et plus tard une autre grande maison, autrefois habitée par un hautelisseur nommé Verdure, et sise vis-à-vis de l'église Saint-Piat.
Ils se proposaient k cette époque de joindre à la fabrication des camelots celle des calemandes sorte d'étoffe de laine, ayant le grain du satin, unies ou damassées, et sollicitaient pour les soutenir dans leur entreprise l'intervention pécuniaire de la commune. Celle-ci leur accorda pour neuf ans une pension annuelle de 300 florins à condition de faire marcher 25 métiers et de payer a Favrot à la décharge de la ville, la pen- sion annuelle de 18 livres de gros qu'elle s'était enga- gée à lui servir (2).
(1) Piat Lefebvre, né en 1722, épousa en 1755 Marie-Rosalie Deles- colle. Il en eut douze enfants. Jacques, Nicolas, Agnès, Auguste, Marie, Rosalie, Anastasie, Léopold, Jean-Baptiste et Piat.
(2) T. Consaux, 19 octobre 1756.
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Quatre ans plus tard, les associés avaient « 40 outils battans » et avaient adjoint à leur fabrication une tein- turerie et un moulin à retordre les fils; pour installer C68 nouveaux ateliers ils avaient loué une seconde maison à la rue Merdenchon ; enfin ils étaient sur le poini d'acheter un h'siroirc ou machine à lustrer les étoffes dont le haut prix (1500 florins) indique toute L'importance (l). Les magistrats communaux auxquels ils demandaient de nouveaux subsides comprirent que l'intérêt public réclamait qu'on les aidât efficacement; « les propres do la manufacture qui donne les plus - «M'andrs espéranees pour l'avenir m «Mitaient que la » ville fit de son côté quelques efforts pour concourir »» au bien être d 'icelle et exciter par là l'émulation de » ceux qui l'ont entreprise et la dirigent. » C'est pour- quoi le 3 juin 17G0 ils déchargèrent les associés de l'obligation de payer à Favrot la pension annuelle de lOS florins sur- les 300" qu'ils leur allouaient; ils leur accordèrent 15 livres de gros annuellement pour le loyer de la maison de la rue Merdenehon ; et exemp- tèrent le directeur Piat Lefebvre de certains impôts; ils décidèrent enfin qu'on prendrait dans son usine les étotfes nécessaires pour habiller les orphelins à charge de la ville, plutôt que de les acheter aux fabri- ques étrangères (2).
Un des principaux articles fabriqués alors était celui des capes a l'anglaise en camelot, pour lesquels l'asso- ciation pavait annuellement au corps des tailleurs d'habits une redevance de 10 florins (1774) (3). Ce genre d'étotfe ayant cessé d'être à la mode, fut rem- placé par les prunelles et les fines callemandes.
(1) Ibid.. 1" avril 1760.
(2) Ibid., 3 juin 1760.
(3) Hovcrlant. Essai chronologique, tome 92, p. 1212.
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L'ancienne société dissoute en 1779, après la mort de Nicolas Delescolle, fut reconstituée sous la firme Piat Lefebvre et fils, dans laquelle Piat Lefebvre eut plus d'action encore que dans la première. Très actif, très intelligent et pressentant le peu de profits qu'il pouvait attendre d'une fabrique d'étoffes il modifia complètement le premier programme que s'était donné l'association, fit un retour vers l'ancienne industrie des tapisseries et des tapis, et aborda franchement la fabrication des tapis de pied.
Dès 1781 il expose au conseil des finances de l'em- pereur auprès duquel il sollicitait des mesures de pro- tection douanière et une avance de fonds, l'état de son industrie. 11 fabrique, dit-il, des moucades, tapis et point d'Hongrie, premiers articles vendus par la société, il a entrepris en outre « les tapis d'Aubusson, » tapis veloutés, et tapis faits à la main pour pieds et » ameublement de chaises et de fauteuils (i). »
800 ouvriers travaillent en 1783 dans ses ateliers à laver, peigner, filer la laine et le lin, à retordre, tondre, tisser et apprêter les étoffes. Il avait 54 métiers en activité.
Déjà à cette époque Lefebvre nourrissait les plus grands projets. Il méditait de transporter sa manu- facture dans de vastes locaux de la rue des Clairisses devenus vacants par la suppression du couvent des religieuses de ce nom.
Il sollicita, et obtint pour son établissement le titre de manufacture impériale et royale de tapis, et en même temps réussit à faire imposer, à raison de 25 °/o de leur valeur, les tapis étrangers auxquels il
(1) Archives générales du Royaume à Bruxelles. Conseil des finances. Liasse, 563.
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faisait la concurrence. Le gouvernement lui avança enfin, à titre de prêt, une somme de cinquante mille florins, que les bénéfices croissants de la fabrique lui permirent de rembourser bientôt.
En 1786, Piat Lefebvre acquit définitivement l'an- cien couvent des Clairisses et s'y établit, mais il ne construisit pas de suite le monumental portique que nous avons vu démolir récemment.
Il se préoccupa d'abord d'installer de vastes ateliers et développa dans des proportions merveilleuses la pro-
Portrait de Piat Lefebvre d'après une médaille en argent appartenant a M. A. Joveneau.
duction de la manufacture. Ses tapis de pied furent en peu de temps connus sur tous les marchés d'Europe et admis dans les mobiliers des palais.
Piat Lefebvre mourut en 1801, mais sa mort ne ralentit pas les progrès de la manufacture, que diri- gea à partir de cette époque l'un de ses fils, Léopold Lefebvre, associé avec ses frères, Nicolas, Jean-Bap- tiste et Piat, sous l'ancienne firme Piat Lefebvre et fils.
C'est vers le commencement du XIXe siècle et pen-
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dant la période de la domination française, que la manufacture atteignit son plus grand développement et acquit une réputation universelle qui survécut plus tard à ses désastres.
Napoléon Ier, appréciant la valeur de ses produits, confia à la société la commande des tapis destinés à l'ameublement des palais impériaux. On peut voir encore au palais du Luxembourg plusieurs tapis fabri- qués à Tournai, connus sous les noms de tapis de la légion d'honneur, du cygne, etc.
Des distinctions obtenues dans les expositions et les concours, médaille de bronze en l'an X, deux médail- les d'or en 1806, consacrèrent la réputation de la manufacture(i)qui remporta encore de nombreux succès dans la suite.
Tout y était parfaitement disposé et organisé, pour assurer en même temps que la perfection du travail, la prospérité de l'usine et le sort des ou\riers.
Le règlement de la manufacture, relatée dans l'ou- vrage d'Hoverlant (2), donne d'intéressants détails sur l'état de celle-ci.
1. Elle occupait en 1808, quatre mille cinq cents individus, savoir, neuf cents dans l'intérieur des ateliers et le reste au dehors pour la filature des (ils et des laines et des articles accessoires nécessaires à la fabrication.
2. Tout ce qui a rapport à la confection d'un tapis se fait dans l'intérieur de la manufacture, en sorte que dans une journée d'été, en tondant la laine d'un mouton, quoique cette laine doive être dégraissée quatre fois, ensuite peignée, filée, retorse à plusieurs
AyEoverlant. Essai chronologique, tome 32, p. 269. (2)~Ibid. Tome 32, p. 261.
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bouts, teinte et tissée, on peut fabriquer dans le cou- rant de la même journée un tapis de table ou de foyer.
3. Tout enfant maie est reçu dès l'âge de sept ans.
4. Il est ouvrier fait dès l'âge de vingt-cinq ans.
5. L'ouvrier est payé en proportion de l'ouvrage qu'il fait, il reçoit une gratification si l'ouvrage est soigné. Il peut ainsi gagner jusqu'à trente-six francs par semaine.
6. Un jury, composé d'un directeur, d'un sous-direc- teur, de chefs d'ateliers et de cinq ouvriers, surveille les élevés, tait la police intérieure, <-t juge les fautes dans la fabrication des ouvrages.
7. 8 et 9. Des pensions sont payées aux ouvriers dans certains ras déterminés, à leurs veuves et à leurs enfants mineurs.
10 à 12. Ces pensions sont payées par une caisse de secours établi-' dans la manufacture, dont les revenus résultent : des fonds affectés par les propriétaires de la fabrique, d'une retenue de quatre centimes par semaine sur le salaire de chaque ouvrier, d'une rétribution obligatoire de tous les livranciers de la manufacture. L'administration de la caisse est confiée au jury dont il est parlé plus haut.
13 et 14. Enfin les ouvriers malades sont traités à l'hôpital et reçoivent des secours. Quand ils sor- tent de l'hospice ils sont nourris pendant un certain temps à une table expressément servie pour eux a la manufacture.
En ce moment ou les questions sociales occupent une large place dans les préoccupations des économistes, ne trouveraient-ils pas dans ce règlement des disposi- tions dont ils pourraient utilement s'inspirer?
Quant aux produits de la manufacture, nous les
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trouvons décrits par des écrivains contemporains (1) : « On y travaille toutes les espèces de tapis qui se r. fabriquent en Europe, mais plus particulièrement ces r> tapis de pied connus partout sous le nom de tapis de r> Tournay.
» On y travaille aussi des tapis dans le genre de la » fabrique royale de France (la Savonnerie) et chose r> admirable, la fabrication des tapis de savonnerie » s'opère chez messieurs Lefebvre par les mains d'en- » fants de six à douze ans. La chaîne est comme dans » la haute-lisse montée perpendiculairement; un seul » maître ouvrier dirige l'exécution de plusieurs immen- » ses tapis à la fois. On l'appelle indicateur. Il a devant » lui la table du dessin réduit au point. Chaque point » du dessin doit répondre à un point du tapis. Il indi- » que le nombre et la couleur des points à la brigade » d'enfants placés immédiatement auprès de lui ; r> ceux-ci exécutent sur cette indication : en exécutant, » ils répètent à haute voix et tous ceux du même ate- r> lier répondent fidèlement à cet appel en exécutant » aussi la même chose, chacun de leur côté. C'est une » merveille de voir naître sous les doigts de ces inno- » centes créatures les dessins les plus variés et les plus v difficiles en apparence ; ces instruments animés sont v les premiers à admirer les ouvrages qu'ils produisent » machinalement. Ce travail est réellement pittoresque. » A Paris, le même travail ne s'exécute que par des » ouvriers faits et de quinze ans d'exercice au moins, » circonstance qui triple le prix de la marchandise. » Tous les dessins de la savonnerie se traitent éga- » lement sur les métiers ordinaires, c'est-à-dire en
(1) Ch. Lecocq. Coup d'œil sur la statistique commerciale de la ville de Tournai. 2e édition, 1817, p. 250.
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■ moquette, à un deprré de perfection naturellement
- inférieur ruais aussi à moitié de différence dans le
- prix de la vente (1). «
Les années 1809 à 1*12 furent pour la manufac- ture une période de prospérité inouïe. Elle comptait cinq mille ouvriers et envoyait ses produits en France, en Allemagne, en Russie, en Italie et même en Amé- rique. I)es succursales étaient établies à Paris, à Bruxelles et à Anvers.
C'est avec la France et la Russie que la société faisait le plus d'affaires. Un des associés, Nicolas Lefebvre, habitait Paris. Il avait ses magasins à la place Vendôme. La vente en Russie fut confiée à un des principaux employés de la manufacture, monsieur Desprets qui se fixa définitivement à Moscou où ses lils établirent plus tard des maisons de commerce considérables.
De nombreux chefs d'industrie parmi lesquels nous ne citerons que MM. Braqueniô, originaires de Tour- nai, aujourd'hui a la tête de puissantes manufactures de tapisseries proprement dites, à Paris, à Malines et à [ngelmunster, ont appartenu cà la fabrique de Tournai.
C'est pendant cette période brillante que furent éle- vés sur l'emplacement de l'ancien couvent des Clai- risses à la rue de ce nom les bâtiments de la manu- facture construits dans un style classique et froid, mais auxquels un portique, précédé d'une belle colonnade donnait un fort grand air.
L'architecte Renard en dressa les plans en l'année L81L
(1) Loco citato.
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On lui doit également un grand nombre de dessins de tapis de pied (1) exécutés dans les ateliers.
Les dernières guerres de l'empire, la diminution de la fortune publique et privée qui en fut la conséquence portèrent un coup fatal à cette industrie qui fournissait spécialement au luxe.
Le nombre des ouvriers baissa rapidement, au point qu'on n'en comptait plus que quinze cents en 1815. Mais quelques années plus tard la fabrication reprit vigueur et sous le gouvernement hollandais la manu- facture redevint florissante.
Le roi Guillaume voulant récompenser les services rendus à l'industrie par Léopold Lefebvre le décora de son ordre et le créa baron (1825). Les termes du diplôme qui lui confère ce titre prouvent combien était alors réputée notre grande manufacture et la haute estime que professait le monarque pour son directeur.
Le 6 septembre 1828 (2), la société Piat Lefebvre et fils, composée alors du baron Léopold Lefebvre, de Jean-Baptiste et de Piat Lefebvre fils céda à MM. Schu- macker, Overman et Edeline, sous La firme Schu- macker Overman et C16., tous les bâtiments, métiers, ustensiles, cartes, dessins, portefeuille de voyage, etc., repris en un inventaire dressé le même jour, pour le prix de quatre-vingt cinq mille cinquante florins des Pays-Bas.
(1) MM. Desmazières et Joveneau, bibliophiles tournaisiens en ont recueilli un grand nombre dans leurs collections Le premier possède en outre plusieurs dessins originaux de Renard, et l'élévation de la façade de la manufacture, sur laquelle figure l'autorisation de bâtir, délivrée à Mons, par le préfet du département de Jemmapes, le 20 mai 1811.
(2) Minutes de Me Simon, notaire à Tournai.
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En même temps qu'ils cédaient leur manufacture, MM. Lefebvre imposaient aux acquéreurs diverses obligations tendant à conserver ce bel établissement dans l'état de prospérité où ils l'avaient élevé, et à assurer aux ouvriers qui y étaient employés le bénéfice des dispositions bienfaisantes qu'ils avaient prises en leur faveur, sorte de testament véritablement émou- vant où se révèlent chez ces grands industriels toute la sollicitude et la tendresse d'un père pour son œuvre et ses collaborateurs.
Après avoir indiqué les qualités et les devoirs d'un chef d'industrie et invité ses successeurs à les prati- quer, Lefebvre assure à certains correspondants de la maison, à des employés et à des serviteurs la conti- nuation de leurs services ou de leur emploi; il stipule le maintien de la bourse de secours au profit des ouvriers et se préoccupe de sa bonne gestion, enfin il se réserve le droit de s'intéresser aux alïaires de la fabrique, qu'il ne cède on le voit, qu'à regret (1).
Le baron Léopold Lefebvre mourut en 1844(2).
La nouvelle société conserva la manufacture jusqu'en 1889, époque où elle la céda à son tour à la Société générale de Bruxelles pour favoriser [industrie natio- tionale. Mais cet établissement n'était plus alors que l'ombre de ce qu'il avait été. Il succomba dans la lutte qu'il eut à soutenir contre les fabriques anglaises et roubaisiennes dont les produits, sans avoir peut-être la perfection des nôtres se vendaient à beaucoup meil-
(1) Acte sous seing privé du 6 septembre 1828, joint à la convention authentique de la même date.
(2) Il eut deux lils, dont le second, Léopold, mourut en 1886, lais- sant un lils.
LES TAPISSER.
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leur marché et parvinrent ainsi à les supplanter auprès d'une clientèle plus sensible au bas prix d'un article qu'à sa bonne qualité.
Après une liquidation longue et désastreuse, l'éta- blissement fut fermé en 1887 et les bâtiments mis en vente à cette époque, furent en grande partie démolis.
A côté de la manufacture royale de tapis, existaient quelques établissements beaucoup moins considérables, par leur importance, mais dont les produits pouvaient rivaliser avec ceux de la manufacture, auxquels ils ressemblaient en tous points. Citons seulement la fabri- que de Verdure-Gobert, plus tard Verdure-Bergé qui figura avec succès aux expositions de Londres 1851 et de Paris 1855. Les pièces les plus remarquables fabri- quées chez Verdure sont un tapis aux armes des dix-sept provinces des Pays-Bas exposé à Londres en 1851 et un autre aux armes du pape Pie IX qui lui fut offert, en 1857, par Barthélémy du Mortier, repré- sentant de Tournai.
CHAPITRE II.
Organisation et réglementation des deux métiers des tapissiers et des hautelisseurs.
Nous avons signalé plus haut (page 1 1), la différence qui existe entre les tapisseries et les œuvres de hautes- lisses, et nous avons avancé que du moins à Tournai ces deux mots ne sont pas synonymes.
C'est pour les avoir confondus que Mgr de Haisne prétend qu'on ne fabriqua de véritables tapisseries à Tournai qu'à partir de 1353, époque où l'on rencontre en cetto ville Jean Capars ouvrier hautelisseur origi- naire d'Arras, tandis qu'au contraire on y trouve des tapissiers dès la fin du XIIIe siècle; que Mgr Voisin par contre signale cinq ou six cents ouvriers tapissiers reçus dans le métier dans la première moitié du XVP siècle et attribue a cette corporation une foule d'actes émanant de diverses magistratures commu- nales, ainsi que certaines pièces d'archives, tandis qu'il résulte de l'examen détaillé de ces actes et de ces archives qu'elles concernent non les tapissiers propre- ment dits, mais les fabricants d'étoffes connues sous la dénomination de hautes-lisses ; qu'Alexandre Pinchart
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enfin signale comme concernant les tapisseries, notam- ment pour les XVIe et XVIIe siècles, une foule d'or- donnances et de travaux qui se rapportent ensomme aux simples produits d'un art mécanique et n'ont rien de commun avec l'art de composer à la main des ten- tures historiées et des tapisseries à personnages.
Il ressort à l'évidence des textes anciens que les deux mots qui nous occupent ne sont pas synonymes. La signification du mot tapisserie est assez connue pour que nous n'ayons pas à le définir. Les tapissiers fabri- quaient des tapisseries dans le sens restreint du mot. Sous le nom de hautelisseurs on a parfois aussi rangé les fabricants de tapisseries, mais c'est à titre excep- tionnel ; ce mot a un sens plus étendu et désigne plu- sieurs catégories d'artisans confectionnant diverses sortes d'étoiles fines, sur le métier dont se servaient les tapissiers.
Les tapissiers, surtout au XIVe et au XVe siècle ont parfois fait concurremment des tapisseries et des hautes-lisses, et les deux mots, à cette époque, peu- vent désigner alors les mêmes produits. Mais pas un texte ancien ne cite un hautelisseur comme ayant fait une tapisserie proprement dite.
Tous nos fabricants célèbres, ceux dont les œuvres sont décrites et connues et constituent les tapisseries les plus remarquables, sont qualifiés dans les actes du temps tapissiers; aucun n'est dit hautelisseur, et jamais on ne trouve, à l'époque où le métier est par- faitement organisé et réglementé, un achat de tapis- serie fait à un hautelisseur.
Les tapissiers et les hautelisseurs formaient dans le corps des métiers deux groupes ou bannières distinctes, au moins dès la fin du XVe siècle.
Les ordonnances et les dispositions qui les régissent
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sont portées les unes pour les tapissiers, les autres pour les hautelisseurs. Jamais, sauf au XIVe siècle, un de ces actes ne vise dans la môme disposition les deux corps de métiers. L'ordonnance de 1544 portée par Charles-Quint sur l'industrie des tapissiers, ne ren- ferme même pas les mots hautes-lisses ou hautelisseurs et ne mentionne aucune des étoffes qu'ils fabriquaient.
Concluons donc en termes généraux que les tapis- series et les hautes-lisses sont deux produits distincts émanant de deux corps de métiers également distincts, et qu'on ne peut généralement aussi appliquer a l'un d'eux les dispositions prises pour l'autre.
§ I.
Organisation des deux métiers en bannières, et conflits entre les différentes branches qui les composent.
Des deux métiers qui nous occupent, ce sont les tapissiers qu'on rencontre les premiers dans les archi- ves locales dès ta fin du XIIIe siècle, et ils étaient certainement dès cette époque organisés en métier puisqu'on trouve dans les registres de la loi, recueil judiciaire de ces temps reculés, des condamnations prononcées contre certains suppôts du métier « pour dire lait as wardes de sen mestier pour leur office » (1).
A leur industrie sont dus probablement * le drap là » U li sulïranee nostre Segneur est « légué en 1316 par Damoiselle Sainte Glachons; « les coussins de mousset » à oisiaus légués en 1335 par Jeanne d'Estampes;
(1) T. Registre de la loy. N° 132, F> 78 V°.
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a un couvretoir à lionchaux rouges et gaunes » (tes- tament Watiers Horelore 1340) et les tapis à per- sonnages donnés par l'évêque André Ghiny à la cathé- drale de Tournai avant 1343, premières manifestations de cette industrie qui devait devenir si brillante un siècle après.
En même temps c'est-à-dire avant 1350, apparais- sent mentionnés dans les inventaires et les testaments des produits qu'il est assez difficile de définir, ce sont : « des carpitres escuchonnées (c est-à-dire des tapis de » laine, ornés d'armoiries); carpitielles ouvrées de r> haulteliche; dras d'oeuvre sarrasinoise ; coussins et 9> couvretoirs de haulteliche ; etc. » Qui les a confec- tionnés, si ce ne sont ces tapissiers que seuls nous trouvons mentionnés dans nos archives jusqu'en 1352 à l'exclusion de tout hautelisseur ? Le premier artisan qui porte ce nom, Jean Capars est précédé, dans Tordre chronologique par une trentaine de tapissiers ou tapisseurs ; après lui et jusqu'à la fin du XIVe siècle, on ne trouve que trois hautelisseurs, tandis qu'on compte une cinquantaine de tapissiers.
11 en résulte que contrairement à l'opinion suivie jusqu'ici, la fabrication des tapisseries, à Tournai, est antérieure à 1352 et qu'on ne peut attribuer à un haute- lisseur isolé, signalé a cette date, l'honneur d'y avoir importé cette industrie.
L'organisation des corporations à Tournai, remonte à une époque très reculée sans même qu'il soit possible de la déterminer, car les pièces les plus anciennes de nos archives communales où il en est question, dès le XIIIe siècle, n'en parlent pas comme d'une chose nouvelle ou en voie de formation, mais emploient au contraire des termes qui permettent de croire
qu'elle était complète et déjà ancienne à cette date.
Sans nous étendre sur le rôle joué dans l'histoire par les corps de métiers rappelons seulement qu'outre le but industriel ou commercial qui avait été leur pre- mière raison d'être, ils étaient encore organisés spé- cialement au point de vue fiscal et au point de vue militaire. En cas de guerre ou de troubles les membres de chaque métier groupés ensemble marchaient sous le même drapeau, d'où le nom de bannière que prit bientôt chaque métier, de sorte qu'on employa cou- ramment ce mot pour désigner le métier lui-même.
En prévision du service militaire comme au point de vue fiscal, (puisque l'impôt était voté et perçu par bannière), on tâcha d'égaliser à peu près la force numérique des divers corps armés, et pour y arriver on groupa sous la même bannière des métiers qui sou- vent ne présentaient pas le moindre lien entr'eux, par exemple les tapissiers et les ciriers comme on le verra plus loin dans une résolution de 1546.
Chaque bannière comprenant généralement plu- sieurs branches était désignée sous le nom de la plus importante et la plus nombreuse de ces branches.
Quand une bannière était imposée pour une somme déterminée ou astreinte à un service militaire quelcon- que la répartition des charges se faisait ensuite entre les divers groupes qui la composaient proportionnel- lement à l'importance numérique de chacun d'eux.
Mais chaque fois qu'il s'agissait d'affaires concernant l'art ou l'industrie proprement dite, chaque groupe, chaque branche gardait une indépendance absolue vis-à-vis des autres groupes de la bannière, délibérait seule et adoptait telle décision que réclamaient ses propres intérêts.
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La plus ancienne de nos listes de métiers remonte à l'an 1364; on y relève quarante-trois ou quarante- quatre bannières, suivant la manière de les compter, parmi lesquelles nous trouvons les tapisseurs et les kiu- tilleurs (ou fabricants de coutils) ; les hautelisseurs n'y figurent pas; on ne peut en conclure cependant qu'ils n'existaient pas à Tournai à cette époque, nous venons de voir le contraire, mais ou bien ils ne constituaient pas un métier distinct, ou bien, composant un groupe peu nombreux, ils ne formaient qu'une des branches d'une bannière désignée seulement sous le nom de la branche principale.
Il paraît probable que les hautelisseurs étaient à cette époque confondus avec les tapissiers, comme tend à le prouver l'intitulé de l'ordonnance de 1397 portée « sur le fait des mestiers et marchandises de tapisserie, » haaltcliche et draps velus fais en Tournai » ; ils étaient en effet organisés en métier à la fin de XIVe siècle, puisqu'on voit en 1398 (20 août) les Consaux saisis d'une requête que leur adressent les ouvriers de haute- liche. Ces mômes magistrats portent en 1408 une ordonnance sur le fait du mestier, ouvraige et marchan- dise des draps nommés haulteliche. L'année précédente ils en avaient fait une sur la fabrication des draps velus qui, on le verra plus loin, étaient un des produits de la hautelisse. En 1410 ils réglementent la fabri- cation de la tapisserie sarrasinoise appelée alemarche . Cet ensemble de dispositions montre à la fois l'existence de différents groupes dans le métier, l'importance de celui-ci et l'activité de ses membres à cette époque.
En 1423, dit A. Pinchart, les hautelisseurs formèrent une bannière distincte, et prirent pour fête patronale le jour de la Transfiguration de Notre-Seigneur. Jusque-là
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ils avaient marché avec les merciers sous la bannière de saint Maur (1).
On les trouve en effet en 1 127 assistant comme corps dictinct aux funérailles de la femme d'un membre du métier (2); et en 1429 ils sont encore repris dans une liste des métiers ou bannières réunies pour voter certains impôts, et l'octroi d'un secours demandé par Jeanne d'Arc aux tournaisiens. Ils forment une bannière avec les sargeurs. Par contre les tapissiers ne sont plus repris nominativement dans cette liste, d'où Ton peut induire qu'à cette époque ils formaient avec les hautelisseurs une même bannière portant le nom de ces derniers.
Mais ceci, rappelons-le, ne concernait que le paie- ment de l'impôt et la prestation du service militaire ; lorsqu'il s'agit de débattre les intérêts propres du métier on trouve les tapissiers constitués en corpo- ration distincte, comme le prouve cette mention, extraite du compte d'exécution testamentaire de Jehan du Prêt, tapissier, décédé en 1 142 :
« A plusieurs maistres du mestier de tapisserie dont » ledit defunct estoit, pour avoir aidié lesdis confrères n à porter ledit defunct en terre, auxquels ledit defunct 1 avoit pareillement donné xx sous pour ce que, par les » ordonnances Audit mestier faites entr'eulx, chacun n deulx dudit mestier doit à son trépas, à la compa- ti gnie, un mouton... »
Les marcheteurs qui forment un groupe distinct parmi les tapissiers, sont régis par une ordonnance de 1458.
(1) Nos archives ne font pas connaître le patron des tapissiers.
(2) Au varlet du métier d'hautelisse pour son sallaire d'avoir semonce les maistres du dit mestier pour estre à l'enterrement de ladite feue . . T. (Compte d'exécution testamentaire Pol de Lannoit 1427).
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Nous arrivons à l'époque où les tapisseries de Tour- nai jouissent d'une haute réputation et sont admises, à l'égal des tapisseries d'Arras dans le mobilier des princes les plus fastueux de leur temps, les ducs de Bourgogne.
Cette réputation n'a pu être acquise en un jour; elle est le fruit d'une fabrication abondante dont les produits exportés à l'étranger y ont fait connaître le mérite de nos ateliers; et le résultat d'efforts remon- tant à une époque déjà éloignée, car une fabrique célèbre ne s'improvise pas en un jour.
Nos artisans du XIIIe et du XIVe siècle, sont donc les premiers auteurs de la renommée acquise par nos tapisseries au XVe siècle. C'est à leur activité et à leur goût, c'est à la réglementation sage et éclairée donnée au métier par nos magistrats, qu'est due la brillante situation que révèlent les importants marchés passés par nos tapissiers au milieu du XVe siècle.
Dès 1446 nos fabricants comptent Philippe-le-Bon au nombre de leurs clients ; ils envoient leurs produits à Puy en Auverge, Lyon, Anvers, Reims, Saint-Omer, Bruges, Lille, Paris, Nuits, Beaune, Cambray et en bien d'autres lieux.
Charles-le-Téméraire, Philippe-le-Beau, l'empereur Maximilien, le cardinal d'Amboise, archevêque de Rouen, le roi d'Angleterre Henri VIII et plusieurs sei- gneurs de sa cour, Marguerite d'Autriche, se fournis- sent chez eux.
C'est dans la seconde moitié du XVe siècle, quand les tapissiers fabriquèrent leurs produits les plus artis- tiques, qu'ils se séparèrent des hautelisseurs et ne permirent plus à ces derniers de confectionner les tapisseries proprement dites. Jusque-là une certaine confusion avait régné entre les divers métiers qui nous
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occupent. Une même ordonnance, nous l'avons dit, régissait la fabrication des tapisseries hautelisses et draps velus. Il n'en sera plus de même à l'avenir, comme l'indique cette mention que nous relevons dans les délibérations des Consaux : « De la requeste Jehan n Cambier pour estre receu à tenir ouvroir de faire » dras velus, veu qu'il est francq maistre et a fait n apresure, disant que les Doyens ne Ij vuellent rece-
- voir s'il n'apprend la haidlclice, qui est un autre n mestier et tout dcsjoinl (1) ».
En 1 101 , à propos d'une contestation entre les mar- cheteurs et les tapissiers d'une paît, les hautelisseurs et les sargeurs d'autre part, cette séparation apparaît comme définitivement consommée (2).
Il arrive fréquemment que les tapissiers ne sont pas mentionnés dans les listes des métiers; c'est qu'ils ne formaient pas une bannière à eux seuls, mais compo- saient seulement une branche de la bannière des tein- turiers sous laquelle ils marchaient (3).
La nomination du doyen appartenait aux teinturiers, celle du sous-doyen aux tapissiers ou à l'une des autres branches de la bannière (4).
Il est parfois bien difficile d'établir à quelle bannière appartenait l'un ou l'autre métier, nous l'avons dit plus haut.
Les tapissiers artistes plutôt qu'artisans n'ont jamais
(1) T. Consaux du 3 décembre 1465.
(2) [bid. 3 janvier 1401. Voir au chapitre III.
(3) Sentence des Doyens des arts et métiers. 12 juillet 1496. T. n°4232.
(4) T. Consaux du 4 juillet 1536. L'intitulé est ainsi formulé : - Comme » les doyens jurés et tous les mestres du mestier de marcheterie et " tapisserie de ladite ville, suppôts de la bannière des tainturiers d'icelle
- ville, se fussent puis nagaires traits vers nous »
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été extrêmement nombreux, ils ont donc presque tou- jours dû céder le pas aux autres branches de leur bannière telles que celle des teinturiers et des fille- tiers, évidemment plus importantes, numériquement, que la leur.
Aussi ne les trouve-t-on presque jamais repris en nom propre dans les listes de métiers.
Les contèstations de 1546 et de 156G où figurent les tapissiers fournissent la preuve de ce que nous avançons. En 1546 ils sont nommés sous la bannière des filletiers et en 1566 sous celle des teinturiers, retordeurs et filletiers.
Les hautelisseurs avec les sargeurs et les couver- toireurs formaient une bannière, laquelle comprenait aussi les sayetteurs; ces deux derniers groupes comp- tant deux cent cinquante suppôts environ chacun en 1520, les hautelisseurs demandèrent à ce qu'on sépare d'eux les sayetteurs pour former un métier distinct. Ces derniers s'y opposèrent de toutes leurs forces, mais sans succès, car en 1524 les Consaux admirent la demande des hautelisseurs et après avoir distrait les sayetteurs de leur bannière, en formèrent une nouvelle avec ceux-ci.
Les troubles religieux du XVIe siècle causèrent un tort énorme à notre industrie; les doctrines nouvelles comptaient de nombreux adeptes parmi nos artisans et les édits de l'empereur contre les calvinistes eurent pour conséquence d'en faire émigrer un grand nombre dans les pays étrangers. Ils y transportèrent l'industrie des tapisseries et surtout de la hautelisse, au grand détriment de la richesse publique du pays où cette industrie avait pris naissance.
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Nos hautelisseurs tournaisiens furent fréquemment en lutte avec leurs voisins, notamment de Roubaix,Orchies, Tourcoing et plusieurs localités moins importantes.
Le métier entretint au contraire toujours d'excel- lentes relations avec les hautelisseurs de Lille, et de concert avec eux soutint plusieurs procès contre leurs concurrents des autres villes.
Dans Tournai même il eut de fréquentes contes- tations, avec les métiers similaires et notamment les sayetteurs, ses rivaux et ses concurrents. Une première sentence, émanant du Conseil de Malines semblait devoir mettre fin aux contestations en décidant quelles étofTes chacun des deux métiers pourrait désormais fabriquer, mais il n'en fut rien ; les procès recommen- cèrent de plus belle peu de temps après. Les sayetteurs ayant obtenu l'appui do la chambre des arts et métiers, c'est contre elle que durent procéder les hautelisseurs. Cette lutte dura plusieurs années, et seule une sentence du Conseil de Malines rendue le 14 juillet 1587 put mettre fin à leurs démêlés.
Après leur procès contre les sayetteurs de Tournai, les hautelisseurs en entament un nouveau contre les hautelisseurs et les sayetteurs du baillage (1543), dans lequel ils obtinrent à leur tour l'appui des magistrats communaux.
Il fut terminé par une sentence du conseil privé de l'empereur favorable aux hautelisseurs, et suivi immé- diatement d'une nouvelle atïaire contre les teinturiers, tondeurs et appareilleurs de trippes ou étoffes de velours (1544).
Vers le milieu de XVIe siècle, la fabrication des tapisseries éprouva un ralentissement notable, tandis que celle des hautes-lisses prit, au contraire, une exten-
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sion considérable. Au fur et à mesure que les tapissiers, comme métier, s'effacent, les hautelisseurs prennent de l'importance et au moment où plusieurs grandes industries tournaisiennes particulièrement florissantes à l'époque gothique, telles que la dinanderie, ou fabri- cation des bronzes et des objets en laiton, la sculpture et spécialement la sculpture sur pierre, la peinture, la fabrication des étains et des armes, éprouvèrent une décadence sensible, les hautelisseurs devinrent l'une des premières bannières de la ville, sinon la première.
Une ordonnance des Consaux en date du 23 mars 1534 (v. st.) constate cette brillante situation. « Le » mestier et stil des hautelisseurs, (y est-il dit) serait » et est l'un des plus florissant et souffisant mestier, en r> augmentation d'entre tous les autres stils et mestiers » de ladite ville ayant et soutenant plus de six cents » hostilles ouvrans en icelle ville et faisant tel et si r> grand nombre de pieches de haulteliche que les trois r> jours de la semaine parci devant ordonnés à sceller » lesdites pièches ne peuvent suffire « En consé- quence elle ordonne que les hautelisses qui n'auront pu recevoir le scel un des trois jours de la semaine primitivement fixés, pourront encore le recevoir le samedi (î).
En 1537, les hautelisseurs achètent une maison située à la rue de Marvis pour y traiter les affaires du métier.
Relevons ce détail cependant; pour traiter ces affai- res ils se réunissaient tantôt au cloître de la cathé- drale, tantôt en lpur maison du scel.
(1) Ordonnance des Prévost et Jurés 23 mars 1534. — T. (Fonds non inventorié, pièces à l'appui des comptes).
Cette prospérité se révèle par les nombreuses ordon- nances réglementant la fabrication et la vente. Nous en avons déjà parlé et nous les signalerons encore quand nous examinerons des divers points quelles traitent.
Nous ne nous arrêterons pas ici à la fameuse ordon nance de Charles-Quint sur les tapisseries (1544) publiée après qu'il eut pris l'avis de toutes les villes du Pay-Bas. Son influence sur l'industrie tournaisienne ayant été quasi nullo.
En 1546 on trouve les tapissiers rangés sous la bannière des filletiers et en contestation avec ceux-ci pour savoir à laquelle des deux branches du métier appartiendra le doyen. Pour mettre fin à cette contes- tation les Consaux proposèrent de transférer les tapis- siers sous la bannière des ciriers, qui étaient peu nombreux et de leur attribuer la nomination du doyen, le sous-doyen étant réservés aux ciriers (23 novembre 1546). Il ne fut pas donné suite à cette délibération, et une vingtaine d'années plus tard les tapissiers revin- rent à la charge pour être érigés en bannière distincte. Mais cette fois ils furent éconduits.
A la même époque la lutte reprend entre les haute- lisseurs et les sayetteurs « sur le fait des nouveaux » ouvrages figurés que iceux haultelicheurs empêchent - lesdits sayetteurs de composer, ■ (1er juillet 1561). Les Consaux s'entremirent en vain pour concilier les deux parties. Les hautelisseurs qui comptaient plus de huit cents membres d'après un document de l'époque, prétendaient dominer tous les autres métiers.
Aussi continue-t-on à les voir constamment en pro-
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cès avec ceux qui pouvaient sur quelque point leur faire concurrence, et même avec les diverses magistra- tures de la ville quand ils jugeaient que les intérêts du métier étaient menacés par leurs décisions.
Ils prétendaient même faire la loi aux hautelisseurs des villes voisines notamment à ceux de Roubaix chez qui ils semblent avoir deviné des rivaux qui devaient les ruiner dans la suite. Nos fabricants étaient alors bien supérieurs en nombre et en qualité à ceux de cette localité et abusant peut-être de leur force, ils n'hésitèrent pas à entamer un procès qui aurait anéanti l'industrie roubaisienne si leurs prétentions avaient été admises.
Mais lorsque l'huissier des hautelisseurs de Tournai se présenta à Roubaix pour y saisir un certain nombre de pièces que ceux-ci prétendaient faites au mépris de leurs droits, il y eut un véritable mouvement populaire qui faillit coûter la vie aux gens de justice (1623) (1).
Les élections des officiers du métier des hautelisseurs avaient donné lieu paraît-il à des fraudes et à des brigues qui allèrent jusqu'à mettre en péril par les querelles et les contestations qu'elles soulevèrent, l'existence de la corporation; pour y remédier il fallut un décret des Archiducs du 25 mai 1621 qui modifia les règles généralement admises pour la nomination des dignitaires dans les métiers, traça tout une procé- dure pour ces élections et les mit sous la surveillance des magistrats communaux.
Le métier avait à sa tête un doyen et un sous-doyen, deux jurés, quatre ou huit commis et dix esgards renouvelés chaque année de la manière suivante.
(1) Inventaire des archives du Nord. T. 6, p. 112.
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Ces dignitaires, à l'expiration de leur mandat, étaient convoqués en la halle des Consaux et désignaient trente hommes appartenant à la corporation, chargés à leur tour d'élire pour l'année suivante les princi- paux officiers du métier; c'est-à-dire les doyens et jurés (1).
Ce système prêtait encore à la fraude, paraît-il, car en 1629, par décret du pouvoir souverain l'élection fut entourée de nouvelles formalités et mise sous la surveillance et l'autorité immédiate des Consaux.
En vertu de l'édit, au lieu des anciens officiers du métier, ce furent les Consaux qui désignèrent d'abord six hautclisseurs chargés de choisir les trente hom- mes. Appelés à l'hôtel de ville, les six élus étaient enfermés dans trois locaux distincts, où chacun d'eux désignait à son tour cinq membres du métier et tous ceux-ci réunis, au nombre de trente, composaient le collège électoral, qu'on appelait les trente hommes, et auquel était confiée la nomination des quatre princi- paux dignitaires du métier, le doyen, le sous doyen et les deux jurés
Les trente hommes prêtaient serment entre les mains d'un des prévôts de la ville, qui les présidait ; puis en présence du greffier et du procureur fiscal, procédaient à l'élection faite au scrutin secret et sans qu'ils eussent eu le temps de se concerter auparavant.
Aussitôt nommés les doyens et les jurés choisissent ensemble quarante suppôts du métier lesquels sont chargés de la nomination des huit commis.
Enfin les commis joints aux doyens et jurés nom- ment les dix esgards du métier.
(1) T. Consaux du 27 mai 1G25.
LES TAPISSER.
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Cet ensemble de formalités assez compliqué s'appe- lait faire la loi des hautelisseurs (1).
Le système fut en vigueur sans modification impor- tante aussi longtemps que dura la corporation; à partir de 1664 cependant le collège des quarante hom- mes au lieu d'être nommé tout entier par les doyens et jurés se composa des trente hommes auxquels les doyens et jurés en ajoutèrent dix, désignés trois par chacun des doyens et deux par chacun des jurés.
Tous les membres du métier appelés à faire partie de l'un de ces collèges recevaient une rémunération payée par la caisse du métier.
Les six hautelisseurs chargés par les Consaux de désigner les trente hommes étaient payés par la caisse communale (2).
L'industrie de la hautelisse après avoir connu les temps les plus prospères, traversait une période de crise et menaçait même de disparaître. Mais nos magistrats communaux soutinrent de leurs subsides et de leurs encouragements le métier qui avait été une source de prospérité pour la ville et qu'on espérait chaque jour voir refleurir. Ils favorisèrent les artisans qui importaient la fabrication de quelque nouvelle étoffe, payèrent des pensions à certains artistes pour fournir des dessins nouveaux aux hautelisseurs ainsi qu'à des artisans chargés de monter leurs métiers et enfin accordèrent une gratification de vingt et plus tard de quarante et même cinquante patars par métier en activité.
(1) T. Consaux du 24 avril et 23 mai 1629.
(2) T. Consaux du 22 octobre 1664 et comptes généraux 1664-65 f° 86. — Ils touchaient de ce chef 18 livres.
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Tant d'efforts n'aboutirent pas à relever une indus- trie qui n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été autrefois, et dont la décadence fut tellement rapide qu'à la fin du XVI T siècle elle ne comptait plus à Tournai que cinquante maîtres et vingt apprentis.
Les corps de métiers eux-mêmes avaient d'ailleurs perdu beaucoup de leur importance. A l'organisation ancienne des maîtres ouvriers travaillant isolément ou avec un nombre très limité d'ouvriers, mais ayant des intérêts communs que les chefs du métier adminis- traient et défendaient, on s'efforçait de substituer par- tout une forme nouvelle de travail, la manufacture ou l'atelier dans lequel un patron réunit autour de lui un nombre plus ou moins grand d'ouvriers. Ce patron ne poursuivait qu'un but, s'émanciper de la tutelle du métier; pour y parvenir il prétendait que son industrie était nouvelle c'est-à-dire non prévue par les ordon- nances et qu'elle échappait en conséquence à la régle- mentation des métiers et au paiement des redevances exigées de leurs suppôts.
Tel fut le cas des fabriques établies successivement à Tournai par Dusautoy, Sergent, Verdure et Sellier, Delescolle et plus tard Piat Lefebvre qui devait ériger à Tournai la plus importante manufacture qu'on y vit jamais.
Au XVII0 siècle on trouve les métiers qui nous occu- pent, répartis comme suit :
Les teinturiers forment une bannière avec les tapis- siers. Les sayetteurs et les hautelisseurs en forment deux distinctes (UV2T .
A partir de 1628 les tapissiers ne sont plus désignés
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nominativement mais continuent à faire partie de la bannière des teinturiers.
Ceux-ci sont nommés avec les retordeurs en 1628, avec les filletiers en 1635, ils disparaissent en 1639 et figurent seuls en 1636 et 1652 (î).
Une ordonnance des doyens des arts et métiers du 13 mai 1649 montre que les hautelisseurs, les sargeurs et les couvertoireurs formaient à cette époque une seule bannière (2).
Quant aux hautelisseurs et aux sayetteurs ils con- tinuèrent à former deux métiers distincts jusqu'en 1768 où un décret impérial réunit ces deux métiers et leur adjoignit celui des tisserands, en permettant à tous les suppôts de la nouvelle bannière de faire concur- remment les ouvrages qui dépendaient de chacun des trois métiers (3).
§ 2.
Réglementation du travail.
I.
NOMS DIVERS PORTÉS PAR LES OUVRIERS TAPISSIERS ET HAUTELISSEURS.
Un nombre considérable d'ordonnances, émanées des diiïérentes magistratures de la ville réglementaient étroitement l'industrie des tapissiers et des hautelis- seurs, deux noms sous lesquels peuvent se ranger les diverses catégories d'artisans qui nous occupent.
(1) Invent. n° 2182.
(2) Chambre des arts et métiers. T. (14 mars 1774) n° 4194.
(3) T. Invent. n° 4273. Sac A n° 35.
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La plus ancienne désignation employée est celle de tapissier, tapissières ou tapisseur; sous ce nom nous apparaissent Philippron de Bruges et Jakèmes Cam- pions cités dans des actes de l'échevinage de 1295 et une centaine d'artisans du XIVe siècle dont on trouvera plus loin les noms.
Robert Dary et Jean de l'Ortie qui ont produit les tapisseries de la Toison d'or s'intitulaient modestement marchans houvriers de tapisserie. Jean Baubrée, les Grenier, Guillaume I)csreumeaulx, Nicolas Bloyart. Clément Sarrasin, les Poissonnier, Meaulx de Visquere, Jean Devenins, Nicolas de Burbure, Jean du Moulin, les Drosset, les Cassel, Jean Martin, qui tous ont pro- duit des séries remarquables de tapisseries, et plus tard Oedins, Pannemaker, Behagle et Baert sont généralement appelés tapissiers et parfois marchands de tapisseries.
Presque en même temps que les premiers tapissiers on rencontre les tapissiers sarrasinois. Ils fabriquaient, croit-on généralement des tapis velus et épais, dans le genre de ce qu'on appelle aujourd'hui la moquette. Dans le principe l'œuvre sarrasinoise a peut-être été une broderie; c'est l'opinion de Labarte (1).
Quelques-uns de leurs ouvrages sont mentionnés dans nos inventaires ou testaments : une bourse sarra- zinoise (131 1) des coussins ouvrés d'oeuvre sarrazinoise ( 1 30 1 ) des draps sarrazinois, etc..
Certains de nos actes citent les marcheteurs comme fabriquant les tapisseries sarrasinoises qu'on appelle aussi tapisseries aie marche (2).
(1) 9 décembre 1410. P. .T. n°7.
(2) Histoire des arts industriels. T. 4. p. 347.
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Peut-on, de là, les assimiler aux marcheteurs dont nous parlerons plus loin et considérer leurs œuvres comme des tapisseries de basses-lisses, quelque soit d'ailleurs leur aspect décoratif ? C'est encore l'opinion de Labarte (1).
Hautelicheur, ouvrier de haulteliche, hautelisseur apparaît pour la première fois dans nos archives en 1352, nous l'avons déjà rappelé. Nous n'avons trouvé les noms que de cinq artisans qui soient qualifiés hau- telisseurs dans le cours du XIVe siècle, bien que plu- sieurs ordonnances visent le métier de haulteliche et que d'assez nombreuses mentions d'oeuvres de ce nom se rencontrent dans des documents datant de ce siècle.
A cette époque il est synonyme de tapissier, bien que, nous l'avons dit plus haut, on ne trouve jamais le nom d'un hautelisseur accolé à une œuvre de tapis- serie proprement dite.
Les hautelisseurs deviennent dès la fin du XVe siècle, des fabricants d'étoffes de luxe, dont on trouvera l'énu- mération au chapitre III.
Dans deux délibérations des Consaux du 3 et 17 jan- vier 1491 la distinction entre tapissiers et hautelisseurs paraît consommée : les marcheteurs et les tapissiers étaient en contestation avec les sargiers (ou sargeurs) au sujet de la fabrication des tapisseries de flocon ; on voit dans le second acte ces mêmes sargeurs unis avec les hautelisseurs pour soutenir les mêmes prétentions à l'encontre des tapissiers. Nous en reparlerons plus loin au sujet de la fabrication.
Les ouvriers de tissus à piet, mentionnés dans une
(1) Ibid. p. 367.
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délibération des Consaux du 20 juin 1180, appartien" ncnt au groupe des hautelisseurs. On trouve parfois la mention tissutier de soie. Les artisans qui ont porté ce nom sont peu nombreux.
Ouvriers de velus, ouvriers de dras velus, tisser ants de velus, faiseurs de velus, se rencontrent plus fré- quemment; ils sont régis par l'ordonnance portée le 19 juillet 1407 sur la matière.
Ils sont cités dans les ordonnances des 7 août 1380 et 2 août 1990, et nous les considérons encore comme des tapissiers, du moins au XIVe siècle, ainsi que le prouve l'intitulé de l'ordonnance du 20 mars 1307 portée « sur le fait du niostier et marchandise de le * tapisserie haultcliche et dras velus fais en Tournai » et qui sans distinguer entre ces trois articles, leur impose la même réglementation.
11 en est de même des sargeurs, sargirres, ouvriers faisans sarges : en 1452 les sargeurs font partie de la même mairie que les hautelisseurs. Confondus avec les tapissiers jusqu'alors, ils vont au moment où ceux-ci se séparent des hautelisseurs, être rangés parmi ces derniers, ainsi que les ouvriers de velus.
Nous parlerons des articles de leur fabrication, les sarges, au chapitre III.
Les hiutiUeurs et les couvretoireurs ou fabricants de coutils et de couvre-lits sont au XIV siècle cités dans les ordonnances avec les tapissiers, plus tard ils se confondent avec les hautelisseurs.
Marcheteurs , ouvriers à le marche, ou allemarche, cités dans le règlement du 27 mars 1397, dans ceux du 6 mai et du 9 décembre 1410, sont encore des
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tapissiers ; ils travaillent sur un métier de basses- lisses, d'où il suit que marcheterie, tapisserie à le marche seraient synonymes de tapisseries de basses- lisses, ce dernier mot ne datant, comme mot, que du XVIIe siècle (1).
L'œuvre des marcheteurs est mise sur le même rang que la haulteliche et la tapisserie. Dans ces deux pre- miers actes et dans celui du 9 décembre il est dit for- mellement qu'ils fabriquent la tapisserie arrasinoisey appelée a le marche. Une ordonnance du 10 février 1438 parle des ouvrages à personnages qu'ils peuvent faire.
Tapissiers et marcheteurs sont associés dans une requête aux Consaux (2) et dans une ordonnance de la chambre des arts et métiers de 1496, qui confond dans une même réglementation « tous les maîtres du métier de » marcheterie et tapisserie. »
Dans un acte de 1451, les qualificatifs tapissier et marcheteur sont employés comme synonymes (3).
Enfin dans le règlement du 29 août 1531 le nom de marcheteur est employé indifféremment avec ceux de tapissier et broqueteur (4).
Le nom de marcheteur a été porté par des artisans éminents comme Pasquier Grenier (1449) et Guillaume Desreumeaulx qui cependant sont le plus généralement qualifiés tapissiers.
Après les tapissiers et les hautelisseurs, les marche-
(1) Guiffrey. La tapisserie, pages 20-23. Houdoy. Tapisseries de Lille, page 25.
(2) 3 janvier 1491.
(3) « Mahienet Destaimbourg, tapisseur d'une part, et Jehan Artus aussi marcheteur d'autre part, ont juré la paix de la ville. » (Prévost et Jurés, T. n° 3310. 7 décembre 1450.)
(4) T. n° 343. Registre aux publications.
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teurs forment le groupe le plus nombreux parmi les artisans qui nous occupent.
Broqueteurs, ouvriers à le broque, sont cités pour la première fois dans l'ordonnance de 1397 avec les marcheteurs. Ce sont encore des tapissiers, en même temps que des hautelisseurs dans le sens primitif du mot.
Un testament de 1433, cite des draps de broqueterie contenant « la passion de nostre Seigneur»» (î) ce qui ne laisse pas de doute sur leur qualité de tapisserie. On trouve encore une œuvre de broqueterie dans un tes- tament de 1498 (2).
Parlant d'un broqueteur, un acte de 1449 dit qu'il pratique « le métier de faire haultelichea le broque(n). *
Une ordonnance des prévost et jurés, rendue le 19 août 1531, assimile les broqucteurs aux tapissiers et aux marcheteurs (4).
Les bourgrteurs dont il est question pour la première fois en 1408, à propos des draps de bourges, figurent dans tous les actes comme formant un même corps avec les hautelisseurs. Ils fabriquaient des étoffes diverses telles que « draps royés, rollets et quievirons » et des
(1) " Item je donne à la dite église S. Nicaise quatre pièces de drap " contenant la passion nostre Segneur Jhesus-Crist, les deux de bro- » quclerie et les autres deux de toille... avoescq un drap de broqueterie « servant a le table dudit autel nostre Dame en lad. église S. Nicaise... » (1433, testam. Jehan du Gardin.)
(2) « Un Jhesus ouvret de broqueterie ■ 1498. Testament Jeanne du Casteler.
(3) <• A Colart Hydre broqueteur pour avoir governé et nori ledit Caron et lui apprins le mestier de faire baulteliche a le broque pour le terme de un ans... « T. 1449. (Compte de Tutelle Bernard.)
(4) Registre aux publications T. n° 343.
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bourgettes, bourgeteries ou draps de bourge, mais nullement des tapisseries. Nous reviendrons, au cha- pitre III, sur les produits de leur industrie.
Un contrat passé devant les prévost et jurés le 21 avril 1493, montre un foullon et haultelicheur s'engageant à travailler pour le compte et dans la mai- son d'un bourgeteur. .. (î).
A part les tapissiers et les marcheteurs, toutes les branches de métiers que nous venons de mentionner se fondent dès la fin du XVe siècle dans la branche des hautelisseurs.
Au XIVe et au XVe siècle (surtout pendant les deux premiers tiers de ce dernier) les mots tapissier et haute- lisseur sont synonymes.
Les tapissiers outre les tapisseries proprement dites fabriquaient diverses étoffes fines comprises sous la dénomination générale de hautes-lisses.
Ce n'est que vers la fin du XVe siècle qu'on trouve les tapissiers et les hautelisseurs organisés en deux métiers distincts, et à partir de ce moment si les tapissiers ont continué à faire simultanément des tapis- series et des étoffes de hautes-lisses, les hautelisseurs au contraire n'ont jamais composé de tapisseries et se sont strictement bornés à la fabrication des étoffes. (Voir pages 11 et 91 .)
A dater de cette époque, tapissiers et hautelisseurs forment donc deux groupes bien tranchés et on ne peut employer indifféremment l'un ou l'autre de ces noms pour les désigner.
Les ordonnances faites pour les tapissiers ne con- cernent plus les hautelisseurs et les dispositions prises
(1) Doyens des arts et métiers, T. vol. 4232 f° 185.
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pour ces derniers ne touchent plus les tapissiers, contrai- rement à l'opinion commune qui les a confondues jusqu'ici.
C'est en tenant compte de cette division en deux groupes bien distincts que nous allons examiner suc- cessivement les ordonnances qui réglementaient les deux métiers à Tournai.
Nous parlerons d'abord du métier des tapissiers, c'est-à-dire tout à la fois des tapissiers et des haute- lisseurs aussi longtemps qu'ils ont été réunis, jusqu'au second tiers du XVe siècle, et des tapissiers seuls depuis cette époque jusque 1720 date ou a cessé la fabrication des anciennes tapisseries à Tournai ; puis du métier des hautelisseurs ou fabricants de tentures et d'étotfes diverses, depuis la tin du XV siècle, jusqu'à la fin du XVI II' siècle. (1).
il.
TAPISSIERS.
On pouvait être marchand de tapisseries sans en fabriquer soi-même. Nos archives renferment de nom- breux contrats de vente de tapisseries par des ouvriers «à des marchands. De même, un maître pouvait vendre ses produits à un autre maître ou s'engager à travailler pour lui. Des traités de ce genre étaient fort fréquents. On en trouvera des exemples plus loin. De même encore plusieurs ouvriers pouvaient s'engager à travailler pour un même maître. Les ordonnances déterminaient
(1) Quant aux articles fabriqués par les tapissiers, hautelisseurs, ouvriers de velus, sargeurs, mareheteurs, broqueteurs, bourgeteurs, etc., voir le chapitre III.
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le nombre d'ouvriers que pouvait employer un patron et les obligations auxquelles étaient assujettis ceux qui travaillaient dans ces conditions.
Le métier des tapissiers admettait certaines femmes à faire partie de la corporation (1), disposition fort sage et toute naturelle, le travail de la tapisserie leur convenant fort bien; mais pour qu'une femme mariée fut reçue dans le métier, il fallait que son mari en fit partie (2).
Plus tard cette faveur fut restreinte aux seules femmes et filles de francs maîtres. (Ordonnance du 4 août 1472).
Pour être reçu ouvrier, ou maître, il fallait avoir fait son apprentissage à Tournai (ou dans une ville fran- che, ajoute l'ordonnance du 4 août 1472) et avoir payé un droit d'entrée dans le métier (5 janvier 1411) (3).
Ce droit était de soixante solz tournois « dont la » moitié sera au profit de la bannière et collège dudit » mestier pour soutenir les charges d'icelluy et l'autre r> moitié appartenra pour les mestres et ouvriers dudit » mestier boire et récréer ensemble (4). »
Ce droit est porté à cent solz pour les étrangers.
L'ordonnance du 11 juillet 1496 dispose comme suit au sujet de la réception des maîtres : « Item que per- » sonne quelconque de ce jour en avant ne sera reçu à » la franchise et mestrise dudit mestier s'il n'a apprins
(1) Registre aux publications, T. n° 397 B f> 105. (Ordonnance du 27 mars 1397).
(2) T. Consaux 30 juin 1472.
(3) T. n° 397 B f° 105.
(4) T. Doyens des arts et métiers. Vol. 4232.
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» icclluy mestier en la dite ville ou en autre franque
- ville frurnée comme l'article des anchiennes ordon-
- nances contiennent est assavoir qu'ils seront tenus » d'avoir apprins ledit mestier soit de m ou un ans n comme on l'apprend csdites franques villes et de ce
* faire apparoir bien et deuement et à leurs despens. » Item ceux qui de ce jour en avant venront du
» dehors et voudront eslever ledit mestier en ladite » ville et estre franc maistre pourveu qu'ils aient
- apprins en franque ville frurnée comme dit est des-
- sus, au lieu de xl solz tournois qu'ils ont payé par r cy devant pour leurdite franchise et maistrise, payer
- Ixx solz tournois, lesquelz seront tenus payer ladite » somme comptant... » (1).
Un maître qui quittait la ville perdait le droit d'y travailler, et s'il revenait, il devait se faire recevoir une seconde fois dans le métier (2).
Les artisans devaient travailler dans l'intérieur de la ville, pour que leur travail fut mieux surveillé.
Nul ne peut être reçu dans le métier s'il est « actaint n et convaincu d'aulcun villain cas, par espicial de » larchin ou qui ait tenu ou l'endroit partie contraire
* au roy nostre souverain segneur, se de tout ce il n n'avoit pardon' et absolution du roy nostre sire et n fust restitué en se bonne famé et renommée * (3).
Un maître ne pouvait tenir plus de quatre métiers, c'est-tà-dire employer plus de quatre ouvriers, et il devait les faire travailler dans une chambre prenant jour sur la rue pour qu'on puisse les surveiller plus facilement (4).
(1) Consaux du 12 mai 1506.
(2) T. Doyens des arls et métiers, 4 août 1472.
(3) T. Doyens des arts et métiers, 4 août 1472.
(4; Cousaux du 5 novembre 147G et 5 janvier 1479.
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Beaucoup plus tard les hautelisseurs furent autorisés à avoir jusqu'à douze métiers (assemblée du métier, 25 novembre 1701) (1).
Une des dernières ordonnances sur le métier, (19 août 1531), modifia le droit d'entrée dans le métier, il fut fixé à trente solz tournois, et à quarante solz pour les francs maîtres étrangers; en même temps il fut fait défense à tous maîtres de donner de l'ouvrage aux ouvriers étrangers avant d'en avoir fourni les ouvriers de la ville, pourvu qu'ils veuillent travailler à un prix raisonnable (2).
Sans cesse préoccupés d'écarter les ouvriers étran- gers, nos magistrats ont pris des mesures de tout genre pour les empêcher de faire une concurrence trop vive à nos travailleurs.
Déjà le règlement du 6 août 1408 défendait (arti- cle 13) de travailler ou faire travailler hors de la ban- lieue deTournai ; une ordonnance du 28 novembre 1486 défend sous peine de bannissement d'aller travailler hors de la ville, ce qui n'empêcha point, on l'a déjà vu, de nombreux artisans d'aller chercher fortune à l'étranger et d'y fonder des établissements parfois très importants.
Cette ordonnance fut renouvelée en 1506.
Enfin nous venons de rapporter l'ordonnance du 19 août 1531 qui prescrivait de ne pas donner de tra- vail aux ouvriers étrangers aussi longtemps qu'on
(1) T. n° 4272.
[2) Registre aux publications T. n° 343.
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pouvait employer des ouvriers tournaisiens à prix raisonnable. C'était déjà un progrès.
Par contre on se montrait assez accueillant pour les ouvriers étrangers qui venaient se fixer en ville. Des facilités leur étaient accordées pour exercer leur métier, on l'a vu plus haut, et parfois ils furent l'objet de faveurs de la part de la municipalité.
Les marchandises provenant de l'étranger étaient l'objet d'une visite sévère et n'étaient admises à être vendues dans Tournai que si leur qualité était reconnue bonne (i).
Mais cette sévérité s'exerçait surtout sur les ouvra- ges ordinaires, sur les étoffes qui étaient du domaine des hautelisseurs. Les tapisseries, objet d'art et de luxe échappèrent à la prohibition à peu près en tout temps.
L'apprentissage a été l'une des matières les plus réglementées, ce qui s'explique par son importance. Les apprentis sont l'espoir du métier et selon qu'ils sont plus ou moins bien formés, on le verra prospérer ou décroître.
La plus ancienne ordonnance sur la tapisserie, celle du 7 août 1380 trahit déjà cette préoccupation : « Item » qu'il ne soit nulz qui puist faire nul aprentich que li n aprentis ne sierche (demeure) un an et qu'il n'ait que » un aprentich au cop afin que chilz soit plus diligent » dudit apprentich aprendre sen mestier » (2).
Le règlement de 1397, plusieurs fois déjà cité, auto-
(1) Ordonnance du 23 octobre 1538. T. n° 3319, prévost et jurés.
(2) T. 4231 BB f. 67. Arts et métiers.
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rise chaque maître à avoir deux apprentis et la durée de leur apprentissage est portée à trois ans.
Ce règlement vise le métier de tapisserie, hauteliche et dras velus; mais il est plus spécialement fait pour les marcheteurs et les hautelicheurs, c'est-à-dire alors les tapissiers. L'ordonnance du 19 juillet 1407 qui ne concerne que les draps velus, exige seulement un an d'apprentissage etne permet d'avoir qu'un seul apprenti à la fois, comme l'ordonnance de 1380 le prescrivait pour la môme matière.
Le règlement du 7 août 1408, porté par les Consaux sur le métier « des draps nommés haulteliche « et qui vise incontestablement les tapisseries, dispose que le temps d'apprentissage sera de deux ans, que chaque maître ne pourra avoir qu'un apprenti, et que celui-ci paiera cinq solz au profit du métier.
On pouvait recevoir des femmes en qualité d'appren- tis, mais il fallait qu'elles fussent femmes ou filles de francs maîtres. Si plus tard elles se mariaient avec un homme n'appartenant pas au métier, elles étaient par le fait même privées du droit de l'exercer.
Ainsi l'ordonne un règlement émanant des doyens des arts et métiers en date du 4 août 1472 (î).
Ce même règlement porte à quatre ans la durée de l'apprentissage et ne permet à chaque maître d'avoir qu'un seul apprenti.
L'apprenti à son entrée dans le métier paie dix sols et est inscrit sur le registre de la corporation.
Les fils de maîtres sont dispensés de faire les quatre années d'apprentissage mais doivent satisfaire à toutes les autres prescriptions.
Cette ordonnance fut expressément modifiée par
(1) T. Inventaire n° 4232.
celle du 1 1 juillet 1496, portée par la même chambre, à la demande du métier des marcheteurs et tapissiers.
La durée de l'apprentissage fut réduite à trois ans, « comme on fait es villes voisines » au lieu de quatre ans, et on permit aux maitres de tenir deux apprentis en même temps.
Les prévost et jurés, à la requête des tapissiers et marcheteurs confirmèrent cette disposition le 19 août 15:51. Ils ajoutèrent l'obligation pour l'apprenti de payer cinq solz à son entrée en apprentissage et cinq solz à sa sortie (î).
On trouvera plus loin au sujet des hautelisseurs d'au- tres détails concernant cette intéressante matière.
Bien que la chose ne fut pas prescrite par les ordon- nances, il semble résulter de la coutume que le lait par un maître d'accepter un apprenti dans son atelier entraînait pour lui l'obligation de le nourrir, loger et entretenir. Les archives des prévost et jurés renferment quelques contrats d'apprentissage, malheureusement fort laconiques, que nous donnerons en abrégé.
Le 9 novembre 1 1 16 Jehan Ongles, marcheteur, et Claix Sempus soumettent à un arbitrage leur différend, relatif - à l'apresure dudit mestier que ledit Claix
* devoit faire en la maison dudit Jehan le terme de
* trois ans » (2).
Colart Hydere, broqueteur, est payé « pour avoir » gouverné et nori ledit Caron et lui apprins le mestier » de faire haulteliche a le broque pour le terme de
* un ans... » (3).
(1) Registre aux publications n° 343.
(2) T. Sentence des Prévost et Jurés n° 3309.
(3) T. Compte de tutelle Bernard 1449.
LES TAPISSER.
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Le 27 octobre 1534. Par devant Prévost... com- parut Jehan Prayer haultelicheur, « lequel promist de » apprendre le stil de haulteliche à ung nommé Fren- r> chois, enfant estant aux trouvés en ceste ville... « (î).
Le 8 novembre 153G... « Comparut Jehan Cardon » haultelicheur, lequel a louwé et promis livrer à » Nicolas Picquoit aussi haultelicheur, Madeleine Car- » don sa fille, pour ycelle employer l'espace de trois » ans à ouvrer dudit stil et mestier de haulteliche, » parmy payant par chacun an par ledit Picquoy audit » Cardon la somme de dix huit livres flandre (2). •»
La ville plaçait souvent elle-même des enfants trou- vés en apprentissage chez des hautelisseurs.
Les comptes de 1552, mentionnent deux contrats de ce genre. Elle payait 18 livres llandre par an et par enfant.
Le 21 février 1505, ce sont les Prévost et Jurés qui contractent un semblable engagement en faveur d'un enfant de treize ans. On en trouvera le texte complet aux pièces justificatives (3).
*
* *
Après avoir terminé son apprentissage et avant d'être reçu maître, l'apprenti devait justifier de son habilité professionnelle par la confection d'un chef- d œuvre, appelé aussi parfois œuvre de maîtrise.
Bien que cette obligation remonte très haut, on la trouve mentionnée pour la première fois dans le règle- ment du 4 août 1472. L'apprenti ayant fait son chef-
(1) T. Prévost et Jurés n° 3333.
(2) Ibid.
.3; Voir à sa date.
l'œuvre, paie quinze solz à une commission, composée de neuf membres chargée de l'examiner.
Mais outre ces premiers quinze solz, le chef-d'œuvre lui coûtait encore fort cher. Le compte de tutelle de Colart Chamart, dit le merchier, rendu en 1 181 va nous apprendre quels étaient ces frais (1).
Tout d'abord le tuteur pava vingt-huit sous deux deniers à Jehan des Escroyelles, haultelicheur, qui avait aidé et conseillé ledit Colart dans la confection de son chef-d'œuvre de haultelicheur.
Colart dépensa en outre avec son conseiller pendant le temps qu'il composait le dit chef-d'œuvre quarante- quatre sous huit deniers.
Il acheta « une hostille de haulteliche « qu'il paya quatre livres treize sous six derniers, et de menus outils pour onze sous neuf deniers.
Le receveur du métier toucha pour les droits de scel du chef-d'œuvre et pour l'entrée de Colart dans la ban- nière, trente sous; puis pour son admission à la maîtrise, soixante-quatre sous six deniers.
Colart, reçu haultelicheur, régala selon l'usage les maîtres qui l'avaient reçu. Dont coût vingt-huit sous deux deniers.
Enfin quant le nouveau maître se croyait définiti- vement quitte, Jehan des Escroyelles son parrain, lui lit passer encore une petite note de trente-quatre sous huit deniers pour « avoir livré plusieurs pions servant - a l'hostille dudit Colart, avoir retendu les cordiaulx » d'icelle hostille, icelle remis à point, et livré une n chinie? pour laditte hostille... »
Cela coûtait un beau denier, on le voit, pour être reçu maître!
(1) T. Compte de tutelle 1481.
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Deux ordonnances émanant l'une des doyens des arts et métiers (8 juin 1534), l'autre des Consaux (10 mai 1540) déterminaient les conditions dans les- quelles devait s'exécuter le chef-d'œuvre. Nous les donnons d'après le résumé qu'en a fait Pinchart (î). « Dans la corporation des hautelisseurs de Tournai, » l'exécution du chef-d'œuvre pour être reçu à la r> maîtrise fut l'objet d'une foule de dispositions : » une ordonnance des doyens du 8 juin 1534 réglait n tous les détails de sa fabrication et statuait qu'il » fallait l'exécuter chez l'un des doyens ou dans une « place désignée par eux. Une autre des Consaux «du 11 mai 1540 décrète que tout aspirant à la » maîtrise devra en présence des doyens, jurés et * eswardeurs et de deux experts, peindre un simple r> modèle de hautelisse et mettre le modèle en cordes » tout sus sans aide ni conseil et de la longueur de » vingt aunes. On lit dans une ordonnance du 4 jan- » vier 1545 que tous ceux qui voudront apprendre le » métier devront ouvrer sous franc maître pendant « trois ans consécutifs et à l'expiration de ce terme » faire et composer pour chef-d'œuvre une pièce de » trippe de la sorte de cinq cordeaulx contenant vingt » aulnes et une pieche de ouvrage tore appelé commu- » nément haulte-liche. *
Ces dispositions, on le remarquera, visent plutôt les hautelisseurs que les tapissiers, nous les donnons ici cependant à défaut de renseignements plus précis sur ces derniers.
D'autres ord jnnances répétèrent ce qu'avaient établi les premières où complétèrent leurs dispositions. Nous les omettons vu le peu d'intérêt qu'elles présentent.
(1) Histoire générale de la tapisserie, p. 81.
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On exemptait parfois de l'obligation de faire chef- d'œuvre toute une catégorie de fils de maîtres, moyen- nant le paiement d'une taxe supplémentaire destinée à venir en aide aux finances du métier, parfois fort délabrées. Une centaine de fils de maîtres furent ainsi reçus francs maîtres en vertu d'une décision des doyens des métiers en date du 21 décembre 1545. On f compte des enfants de tout âge, des jeunes gens et des hommes (i).
Semblable admission en masse eut lieu plusieurs fois, à des intervalles irréguliers. On appelait cela ouvrir le métier (2).
Notons en passant que nous ne trouvons trace de cette mesure qu'en ce qui concerne les hautelisseurs et qu'il n'est point certain qu'elle s'appliquât aussi aux tapissiers.
Outre l'obligation do faire un apprentissage sérieux et de justifier de son savoir par la confection du chef- d'œuvre, l'ouvrier était encore soumis à diverses mesures prises pour assurer la bonne exécution des produits.
Il ne pouvait travailler, uous l'avons dit, que dans un atelier prenant jour sur la nie ; nous verrons plus loin qu'il devait s'abstenir de travailler la nuit ou pendant les mauvais jours de l'hiver; enfin il était soumis à la fréquente visite de certains fonctionnaires du métier, les esgards ou eswars, dont le nom en vieux français, indique la charge : regarder, surveiller. Il devait met- tre sa marque sur toutes les pièces fabriquées et les
(1) T. Doyens des arts et métiers, n° 4232.
(2) Voir plus loin page 143.
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présenter ensuite auxdits esgards qui, au nom de l'au- torité publique les examinaient et les scellaient si elles étaient trouvées de bonne qualité.
Les mesures prises dans ce but remontent aux plus anciens règlements sur la matière.
« Item y ara certains rewars ad ce cognissans fais » et ordonné par les eschevins et aussi certain scel » dont li velut seront seellé tout escruch.... » (Règle- ment sur les draps velus du 7 août 1380.)
Ces fonctionnaires touchaient une légère rémuné- ration par pièce visitée et scellée.
L'ouvrier mettait sa marque sur chaque pièce d'étoffe, le maître en mettait une aussi et enfin les esgards du métier y apposaient un sceau officiel. Quelles étaient ces différentes marques? C'est ce que nous examinerons plus loin dans le § 3 spécialement consacré à cette matière.
La façon dont les marques d'artisans devaient être apposées sur leurs produits est spécialement déter- minée par l'ordonnance du 7 août 1408, article 6, et par celle du 24 juillet 1499.
Les esgards veillaient à ce que les tissus aient les dimensions fixées par les ordonnances, à ce qu'ils soient composés de matières du prix et de la qualité voulus, à ce qu'ils soient enfin travaillés conformément aux dites ordonnances.
Ils avaient dans ce but, le droit de procéder à des visites domicilaires.
Les pièces présentées au scel et reconnues défec- tueuses devaient être lacérées et coupées d'un bout à l'autre. L'ouvrier était en même temps condamné à l'amende.
Les eswars étaient dans le principe nommés par les suppôts du métier. Ils étaient au nombre de trois,
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renouvelables par tiers tous les ans. ^Ordonnance du 4 août 1472, art. 14). Plus tard leur nombre fut aug- menté et leur nomination appartint pour partie au métier et pour partie aux magistrats communaux.
On prit fréquemment des mesures pour s'assurer de leur intégrité et de leur capacité; on leur imposa cntr'autres l'obligation de ne procéder au scellage qu'en présence de deux témoins. (Ordonnances des 21 mai 1555 et 12 décembre 1575.) Mais ces mesures con- cernant spécialement les hautelisseurs proprement dits, il en sera plus utilement parlé plus loin.
L'extrême réglementation des industries pendant tout le moyen-Age et les temps modernes jusqu'à la disso- lution des corporations, n'avait laissé échapper aucun détail. C'est ainsi que des époques et des jours de chô- mage étaient prescrits sous peine d'amende, que les heures mêmes auxquelles il était permis de travailler étaient strictement fixées.
Le règlement du 20 mars 1397, concernant les tapis- siers et les hautelisseurs, défend de travailler « les » nuys nostre Dame, des aposteles (c'est-à-dire la veille « de ces fêtes après-midij et des samedis, depuis le n resson sonné (quatre heures du soir) ne aussi ne » puissent ouvrer de nuyt a le candeille - et le motif de cette prohibition est aussitôt donné : - pour hoster » les fraudes qui y puissent queir (tomber) et pour » donner révérence aux saints et aux saintes. »
L'ordonnance ne parle pas des dimanches et cette omission s'explique, la défense de travailler étant géné- rale ce jour là pour tous les métiers.
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L'ordonnance du 7 août 1408 (articles 7 et 8 est plus explicite encore.
« Item que on ne puist doresnavant ouvrer dudit » mestier en ladite ville devant le vigneron du jour » sonné, ne aussi entre le pourcession (au commence- » ment de septembre) et l'entrée du caresme ouvrer r, depuis le dernier vigneron, et depuis ledit caresme
* et pourcession depuis le premier vigneron (î).
r> Item que nulz ne puist ouvrer d'icellui mestier les
* sabmedis, les nuys nostre Dame, ne les nuys de » vigille depuis noesne sonnée a l'église nostre Dame « et aussi ne puist ouvrer nulz jours de fiestes com- r> mandées par l'église à garder. »
Entendons encore l'ordonnance du 4 août 1472 : « Item et adfin de éviter les fraudes qui se poroient r> commettre es ouvrages dudit mestier par les com- » poser de nuyt et devant heure deue, ordonné est » qui ne soit ouvrier ne apprentis dudit mestier qui r> puist ouvrer d'icelluy mestier avant l'heure de la r> cloque du matin ne depuis de la cloque de vesprée » sonnée...
- Item que en la saison dyver durant les fortes et » aspres gelées sera en la faculté des doyens et eswars » dudit mestier pour le bien des ouvrages de deffendre » d'ouvrer aux ouvriers dudit mestier...
r> Item que le jour de madame sainte Anne mère de » la glorieuse vierge Marie et pareillement le jour de » la translation de saint Nicolay qui est le nœfîesme » jour de may et la dédicasse des églises de nostre » Dame et de S. Brixe en Tournay, ceux dudit mestier » ne pourront ouvrer mais seront tenus de garder
(\) Le Vigneron est le nom de La cloche du beffroi qui annonçait matin et soir l'ouverture et la fermeture des portes de la ville.
» lesdites fêtes comme ils font les autres commandées * en sainte église... » (1).
Le 30 août 1 5 1 1 , les Consaux permirent de travailler « les nuys de festes et des apostles et sans chandelle. -
Les tapissiers ou du moins les hautelisseurs célé- braient encore la féte de la Transfiguration de Notre- Seigneur qui depuis 142.'] était devenue leur féte patronale (2). Ce jour là on décorait la maison du scel, puis on assistait à une messe qui se célébrait à l'église Saint-Brice. Le lendemain en la même église, les membres du métier assistaient à un obit. Il y avait chaque fois carillon et procession (3).
Les hautelisseurs possédaient en outre, dans l'église Saint-Jean, une chapelle à leur usage, dite chapelle de la transfiguration. Klle était entretenue à leurs frais et ils y faisaient célébrer une messe le jour de la saint Nicolas ainsi qu'un obit le lendemain (4).
Toutes ces prescriptions et ces défenses étaient sanc- tionnées par des amendes, la peine du bannissement, et même la perte du droit de faire partie du métier, pro- noncées contre les délinquants. Les amendes étaient généralement perçues au profit de la caisse du métier. Une partie cependant était attribuée au dénonciateur qui avait fait connaître les fautes commises par les membres de la corporation.
(1) T. Chambre des arts et métiers. Vol. 4232.
(2) Sentence des doyens des arts et métiers du 16 janvier 1401, rap- portée dans l'inventaire de 1624 A n° 17.
(3) Archives du métier. Comptes T. n° 4271 J\
(4) Ibidem.
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Enfin, après avoir relevé les dispositions propres à notre industrie tournaisienne nous ne pouvons nous dispenser de donner un aperçu de l'édit du 26 mai 15 I L par lequel l'empereur Charles V réglementa pour tous les Pays-Bas l'industrie des tapisseries.
Nous y retrouverons consacrées par l'autorité sou- veraine la plupart des dispositions de nos anciens règlements, en même temps que des prescriptions nouvelles, qui, à dater de cet édit, se substituèrent à notre vieille législation sur la matière (i).
L'article 1er défend de fabriquer de la tapisserie hors des villes de Louvain, Bruxelles, Anvers, Bruges, Audenarde, Alost, Enghien, Binche, Ath, Lille, Tournay et autres francs lieux, dans lesquels le métier sera organisé et régi par les ordonnances.
Pour avoir le droit de fabriquer ou de vendre des tapisseries, il fallait être bourgeois de naissance ou par achat, et avoir fait trois années d'apprentissage, sous un franc maître.
Les apprentis, qui étaient immatriculés sur le livre des mestiers de la ville, n'étaient pas admis au-dessous de l'âge de huit ans, et perdaient le bénélice de leur temps d'apprentissage, lorsqu'ils quittaient leur maître sans motif grave, avant d'avoir rempli leur engagement. Un maître ne pouvait pas avoir plus d'un apprenti; on lui en passait un second, dans le cas seulement où il voulait apprendre le métier à son fils. Cette mesure avait pour but d'empêcher le maître de prendre un trop grand nombre d'apprentis, qu'il lui eût été difficile de diriger et d'instruire.
Au bout de trois ans, l'apprenti était reçu compagnon, mais il n'était admis à travailler avec un franc maître qu'après avoir justifié de ses années d'apprentissage, et fidèlement rempli les engagements qu'il avait contractés. Il ne pouvait quitter le maître qui l'occupait avant d'avoir terminé l'ouvrage commencé, soit qu'il travaillât à la journée ou à façon ; s'il abandonnait son tra-
(1) Nous extrayons cette analyse de l'ouvrage de M. A. Castel, les tapisseries, 2e édition, p. 119.
vai! plus d'une journée, sans excuse légitime, il perdait, pour la première fois un sol ; en cas de récidive, la somme était doublée, et, à la troisième fois, son maître pouvait lui retenir tout ce qu'il lui redevait.
Tout apprenti compagnon ou ouvrier, qui dérobait ou laissait dérober des étoffes ou matières premières, sans en prévenir son maître, ne pouvait racheter sa faute qu'en restituant les objets volés, en faisant un pèlerinage à Saint-Pierre et Saint-Paul de Rome, ou en payant 20 carolus d'or; en cas île récidive, la peine était double, et le coupable était à jamais chassé du métier.
L'ouvrier qui, pour nuire à son patron, employait des matières défendues ou défectueuses, était condamné à faire un pèlerinage à Saint-Jacques en Galice, et était chassé du métier.
Il était interdit à tout ouvrier travaillant pour un maitre, de faire, pour son propre compte, quelque ouvrage que ce fût, même pour en (aire don ; il n'avait pas plus le droit de faire, dans sa maison, aucune espèce de travail, avant d'avoir achevé celui qu'il avait commencé chez son maitre.
(Jn franc maitre, qui avait commencé un travail, n'avait pas le droit d'aller travailler soit à la journée, soit à l'aune, au dehors, avant d'avoir terminé l'ouvrage qu'il avait sur le métier.
Les obligations des apprentis et compagnons envers leurs maîtres étaient rigoureusement tracées, mais, comme on le verra plus loin, ces devoirs étaient réciproques.
Les apprentis et les compagnons étaient placés sous la sauve- garde des doyens et jurés du métier. C'était à eux à pourvoir les apprentis d'un autre maitre, lorsque celui au service duquel ils étaient engagés venait à mourir, abandonnait le métier, ou les traitait - hors de raison ; - dans ce cas, le maitre auquel on enle- vait son apprenti ne pouvait pas en prendre un autre, avant l'expiration des années d'apprentissage de celui qu'il avait perdu.
Tout maitre qui, pour hâter le travail, incitait ses ouvriers à négliger lear ouvrage, et à ne pas suivre leur patron (leur des- sin), était suspendu de son métier pendant une année; de plus, il était condamné à indemniser la personne qui lui avait com- mandé Le travail.
L'embauchage des ouvriers était puni d'une amende de dix carolus d'or.
Tout bourgeois qui voulait être admis à la maîtrise, après avoir justifié de ses trois années d'apprentissage, prêtait, devant les doyens et jurés, le serment de respecter et de taire respecter, par tous les siens, les ordonnances et règlements du métier. Avant de se mettre en ouvrage, il était tenu de choisir et de
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déposer une marque ou un chiffre, qui était inscrit sur le livre de la corporation, puis il déclarait quelle qualité de travail il avait Tintention de fabriquer; car, suivant le prix de la tapis- serie, il devait employer telles ou telles matières premières.
Dans l'ouvrage du prix de 24 patars et au-dessus, la chaîne devait être de filés de laine de Lyon, d'Espagne, d'Aragon, de sayette, ou de filé fait à la quenouille, et de semblables étoffes ; les laines devaient être aussi en belles matières, bien dégraissées et teintes en couleurs solides. Défense de se servir de soies mélangées de fils.
Dans l'ouvrage de ce prix, les têtes et les traits des person- nages devaient être profilés et ouvrés au fond de la tapisserie, c'est-à-dire fabriqués par les mêmes procédés que les autres motifs. Cette recommandation interdit non seulement de peindre et de profiler les traits sur l'étoffe avec de la couleur, mais encore de les faire à l'aiguille, en manière de broderie, travail qui, au premier abord, lorsqu'il est habilement fait, peut tromper les yeux les mieux exercés. Chaque pièce devait être faite en entier d'un seul morceau, avec les mêmes matières, dans la même réduction comme point; les quatre coins devaient, aux quatre angles, s'appliquer exactement les uns sur les autres; faute de se conformer à toutes ces prescriptions, la tapisserie était saisie et confisquée au profit du seigneur.
Avant de terminer une pièce, le maître qui la fabriquait ou la faisait fabriquer sous sa responsabilité, faisait tisser, dans l'un des bouts, sa marque ou enseigne, et, à côté, la marque de la ville. » Afin que par telles enseignes et marcq soit cogneu, que » ce soit ouvrage de la dicte ville, et d'un tel maistre ouvrier, •» et venant au priz de vingt et quatre patars susdicts et au - dessus. »
En résumé, suivant le prix de la tapisserie, le fabricant était astreint à n'employer que les matières premières spécifiées, et surtout à une réduction de tissu déterminée.
Lorsqu'il y avait dans une pièce un défaut provenant d'une erreur de dessin ou de couleur, l'étoffe devait être entièrement refaite dans la partie défectueuse, et il était expressément défendu de la dissimuler au moyen de couleurs fraîches qu'on aurait pu appliquer sur l'étoffe.
Comme certaines pièces restaient très longtemps sur le métier, lorsqu'elles étaient terminées, il était permis au fabricant de raviver les traits du visage et les nus, au moyen de crayons rouges, blancs ou noirs, mais employés à sec. Encore ces sortes de retouches ne pouvaient-elles être faites que dans l'endroit
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même où la tapisserie avait été exécutée, par le rnaitre lui- même ou une personne qu'il désignait, et qui devait, en outre, prêter le serment de se conformer aux ordonnances du métier.
Avant de prendre livraison de la marchandise qu'il avait com- mandée, l'acheteur avait le droit de la faire visiter par les exper ts du métier qui décidaient si elle avait été faite dans les conditions stipulées par la commande. Une fois cette formalité remplie, le fabricant était déchargé de toute responsabilité pour son travail.
Dès lors, il était défendu à qui que ce soit, même au proprié- taire de la tapisserie, de la retoucher ou de la faire retoucher par qui que ce soit, sous aucun prétexte, sous peine de payer la valeur de la tapisserie, et en plus une amende de 20 carolus d'or. Dans le cas où une pièce était déchirée ou usée, ou si le propriétaire voulait y placer des armoiries, ou faire telles autres réparations nécessaires, il devait, auparavant, en prévenir les maîtres jurés de la ville, et obtenir leur autorisation.
La contrefaçon des dessins était punie d'une amende de 80 carolus d'or, dont un tiers appartenait à la partie lésée.
Tout fabricant qui, s étant fait délivrer à crédit des matières premières, soit fil d'or, de soie ou de laine pour confectionner une pièce de tapiss- ri<\ la livrait et en touchait le prix sans pré- venir son fournisseur et sans se libérer envers lui, était con- damné, mémo après avoir payé son créancier, à faire un pèle- rinage à Rome; il pouvait racheter cette peine par 20 carolus d'or.
Il semble que les facteurs et courtiers exploitaient singulière- ment les maîtres fabricants, puisque l'article 46 de ces ordon- nances leur défend de s'occuper, à l'avenir, soit de la vente, soit du placement des tapisseries, sous peine de voir confisquer leurs marchandises; en même temps, l'article 58 autorisait certains commerçants notables de Bergues et d'Anvers à s'occuper de la vente et du courtage des tapisseries; à la condition toutefois de fournir bonne caution, de jurer d'obéir et de respecter les ordon- nances, d'être garants vis-à-vis du vendeur du prix de sa mar- chandise, et de la lui payer à jour fixé. Ils avaient droit, comme commission, de percevoir quatre deniers par gros de Flandre, sur le prix de vente, sans pouvoir réclamer aucune autre indem- nité. Tout courtier qui dissimulait au fabricant le prix de vente, ou qui s'entendait en secret avec l'acheteur, payait à chaque contravention une amende de 100 carolus d'or.
Les doyens et jurés devaient veiller à la stricte observation de ces ordonnances. Tout membre ressortissant à la corporation était tenu de comparaître devant eux à la première sommation, sous peine d'amendes très fortes; à la quatrième citation restée
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sans effet, les doyens, jurés et anciens du métier avaient le droit de faire saisir le délinquant et de le corriger, à leur discrétion et